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« Amen » : un exemple de désinformation par le film


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Trémeau Bernard - samedi 14 février 2004


Costa Gavras est venu présenter son film « Amen » à Chalon-sur-Saône (71). Un parfait exemple de désinformation.

Ce film met en scène un gentil SS, plus chrétien que SS, mais SS quand même. Il fabrique des désinfectants pour éliminer les vermines. Mais il s’aperçoit un jour que son produit est utilisé pour éliminer massivement une vermine bien particulière, les juifs ! Il met aussi en scène un gentil prêtre, secrétaire du nonce apostolique à Berlin. Ce jeune prêtre est le seul catholique du film capable d’écouter et de comprendre ce que le gentil SS a découvert : l’horreur. Ce jeune prêtre essaye d’informer toute sa hiérarchie et, heureusement pour nous, il a ses petites entrées au Vatican. Entre alors en scène le troisième personnage du film, le méchant pape Pie XII, toujours un peu ridicule dans son immense palais, suivi de vieux cardinaux en soutanes rouges et de jeunes secrétaires en soutane noires. Pie XII est parfaitement capable d’écouter ce que raconte le jeune prêtre, mais il est incapable de condamner le massacre des juifs. Et s’il l’avait condamné, des milliers de juifs auraient été sauvés. Donc, par son silence, le pape est complice des SS !

Un film est une œuvre artistique et un metteur en scène a le droit d’utiliser des événements historiques dramatiques et réels pour servir de cadre de vie à ses personnages. Mais sur les trois personnages mis en scène, un est une fiction, le jeune prêtre et deux ont véritablement vécu : le gentil SS et le vilain pape. On peut faire dire tout ce qu’on veut au jeune prêtre, il n’est qu’une fiction historique créée par les auteurs du film. On ne peut pas faire dire n’importe quoi par des personnages historiques, de la taille du Pape. Or le film attribue au pape des silences ou des propos qu’il semble ne pas avoir tenus.

Le pape n’a pas été silencieux. Le cardinal Pacelli a été nonce apostolique en Allemagne du temps de la montée du nazisme. Il a donc parfaitement été informé de tout ce que les nazis mettaient en place. De ce fait, il a rédigé pour son prédécesseur, le pape Pie XI, l’encyclique « Mit Brennender Sorge » encyclique condamnant les totalitarismes nazis et marxistes. Cette encyclique est sortie le 19 mars 1937, alors que les responsables politiques des démocraties occidentales demandaient à leurs bons peuples d’appeler Hitler : Monsieur Hitler, par respect…

Le Pape ne s’est pas tu.Et il a agi.

Le cardinal Pacelli devient le pape Pie XII en mars 1939. Le 1er septembre, les Allemands, devenus les alliés des Soviétiques par le pacte germano-soviétique, entrent en Pologne. Deux mois plus tard, le 20 octobre 1939, Pie XII sort sa

première encyclique « Summi Pontificatus ». Il y condamne sans appel le nazisme et le marxisme, alors unis et se partageant, sans aucun état d’âme, la très catholique Pologne. Le pape reproche même un certain aveuglement aux démocraties occidentales.

Plusieurs fois, le pape rappelle qu’une prise de position trop forte de sa part aurait risqué d’aggraver la condition de ceux qui souffrent. L’accuser d’avoir été silencieux semble faux. Par contre, on peut lui reprocher d’avoir adopté une attitude trop prudente.

Le film avance ensuite que Pie XII serait devenu favorable aux nazis quand ils sont entrés en guerre contre les Soviétiques. Ceci semble une contre vérité démentie par toutes les encycliques qui mettent dans le même sac les camps de concentration et le goulag.

Enfin, le film suggère que le Vatican est devenu une agence de voyage spécialisée. Un cardinal y aurait organisé la fuite des SS aux USA ou en Amérique du sud.

Dans ce film, rythmé par des trains de marchandise qui partent pleins et reviennent vides, Costa-Gravas nous met merveilleusement en condition. Il essaie alors de nous faire croire que le Vatican a volontairement laissé massacrer les juifs du fait que les gentils Allemands allaient détruire les vilains soviétiques. Et de nombreux spectateurs ont probablement cru à cette déformation de l’histoire. Costa Gavras montre aussi que des juifs ont trouvé refuge au Vatican même. Dans toute l’Europe occupée, des milliers d’institutions catholiques ont caché ou aidé à se sauver des juifs. Il est impensable que le Vatican, toujours bien informé, n’ait pas été au courant…

Il vaut mieux se taire et agir, a dit une participante au débat.

-Texte de l'Abbé Hugues de MONTJOYE sur Conscience Politique

-Les encycliques http://www.christicity.com/4daction/web_FoiChretienne_Arch/34

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