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« Grand emprunt » : le temps des « nanars »


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Dumait Alain - mercredi 11 novembre 2009

dette
Le débat sur le « grand emprunt » voulu par Nicolas Sarkozy a quelque chose de surréaliste. Chacun convient que le principal problème de la France, du côté de ses finances publiques, est celui du déficit de ses comptes et de la dette qui en résulte. C’est aussi devenu la principale préoccupation des Français, à égalité avec le chômage.

On aurait pu croire que le gouvernement en tiendrait compte. Que nenni ! Les déficits ne cessent d’augmenter – et aussi la dette, de ce fait…
C’est dans ce contexte que, le 22 juin 2009, devant le Congrès, réuni pour la première fois à Versailles pour l’écouter, le président de la République a lancé l’idée d’un « grand emprunt ». Puis, il a installé une commission, coprésidée par MM. Alain Juppé et Michel Rocard, dont on attend le rapport d’un jour à l’autre.

Comme l’opinion y est majoritairement hostile (82 % des Français disent même ne pas avoir l’intention d’y souscrire !), cette affaire ne serait défendable qu’à la condition que des arguments sérieux viennent l’étayer. On n’en voit aucun…
Pour mériter son nom, le « grand emprunt » doit en effet être souscrit par les particuliers. S’il était réservé aux acteurs professionnels du marché du financement de la dette, ce ne serait qu’une opération de plus, parmi d’autres.

Or, le taux moyen des obligations privées à cinq ans et plus, étant de l’ordre de 5 %, il n’est pas certain que ce « grand emprunt » soit si facilement souscrit par les particuliers si le rendement proposé est du même ordre que celui qu’acceptent les professionnels (moins de 3 % sur 5-7 ans). Et, si le taux offert est plus élevé, ce sera alors une mauvaise affaire pour l’État, et donc pour les contribuables…

Au plan économique, l’emprunt peut, en théorie, se justifier de deux façons.

La première renvoie au comportement familial. Emprunter permet d’anticiper sur des rentrées futures. Dans le cas de l’État français, cela voudrait dire que le « grand emprunt » ne serait rien d’autre qu’une anticipation des futures augmentations d’impôts. Après 2012 ?…

La seconde renvoie au comportement des entreprises : elles empruntent pour financer des projets dont la rentabilité attendue est supérieure au taux d’intérêt du moment. Si la rentabilité attendue est par exemple de 10 %, il n’est pas idiot d’emprunter à 5 %. C’est ce qu’on appelle l’effet de levier.

Mais l’État est-il crédible quand il prétend, avec cet emprunt, financer des investissements d’avenir à forte valeur ajoutée ? Le passé ne plaide pas pour sa future bonne conduite… Les 1 520 milliards d’euros de dettes publiques accumulées depuis 35 ans n’ont jamais financé que des trous et des fins de mois.

Alain Juppé déclarait, il y a quelques jours, que l’argent du « grand emprunt » irait principalement à la recherche et à l’innovation. C’est évidemment mieux que de dire qu’il servira à combler une petite partie du déficit de la Sécu. Mais, pour qu’on en soit certain, encore faudrait-il que l’équilibre de la Sécu soit assuré, alors qu’il recule de jour en jour. Dans ces conditions, une opération de compensation, sorte de tour de passe-passe, est à craindre.

Quand bien même l’argent irait effectivement à la recherche et l’innovation, encore faudrait-il que ce soit en faveur d’une recherche qui trouve et d’une innovation qui paye. Rien n’indique que nos structures publiques soient pour cela les plus qualifiées. Rien n’indique d’ailleurs non plus qu’un seul projet rentable soit actuellement en souffrance faute de financement.

C’est même l’inverse qui est à craindre : quand les taux d’intérêt sont bas – très bas, artificiellement bas, comme c’est le cas actuellement –, des projets qui n’auraient pas pu être financés au taux d’intérêt « naturel » (dont on peut simplement dire qu’il serait plus élevé) peuvent l’être. Mais ces projets-là, souvent des « nanars », qui en fait n’auraient pas dû être financés, ne sont constitutifs que d’une nouvelle bulle…

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En bref
Morin
 Selon nos confrères de l’hebdomadaire « Minute », les gains d’Hervé Morin, ministre de la Défense, en 2007, grâce à son écurie de chevaux de course, se sont élevés à 525 600 euros. Nos confrères mentionnent également une juteuse opération qui a permis à Morin de vendre en octobre 2007 à l’émir de Dubaï, pour 5 millions d’euros, un cheval acquis en août 2005 pour 400 000 euros. Et de noter que la cession avait été concomitante d’un déplacement officiel du ministre aux Émirats arabes unis…

Chiffres significatifs
Vin > En 2008, malgré la vente de 485 millions de caisses à l’étranger, la France a quitté pour la première fois le premier rang des exportateurs de vins, au profit de l’Italie. Mais la France garde tout de même la première place pour les exportations en valeur : 6,7 milliards d’euros !

Taxe > La taxe professionnelle a rapporté en 2003 23 milliards d’euros aux 13 000 communes qui en bénéficiaient, soit 45 % de leurs ressources propres.

Oséo > En 2008, l’établissement financier Oséo, spécialisé dans l’accompagnement des entreprises, a soutenu 70 000 sociétés, soit 18 % de plus qu’en 2007. En prenant des risques (caution ou prêt essentiellement) à hauteur de 6 milliards d’euros (+20%), Oséo a permis la mise en place de 14 milliards d’euros de financement aux entreprises (+22%) !

Banques > On estime que les institutions financières américaines vont verser en 2009 140 milliards de dollars à leurs employés (en salaires, primes et bonus), soit une substantielle augmentation par rapport au précédent record datant de 2007 (130 milliards de dollars)…




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