Chataigner Frédéric - samedi 07 février 2004

( Achetez L'antiméricanisme de P.Rigoulot- Achetez L'obscession anti-américaine de JF Revel )
Plus d’un an après Jean-François Revel, l’historien Pierre Rigoulot - à qui nous devons « Corée du Nord », « État voyou » et la co-rédaction du « Livre noir du communisme » - s’attaque à ce qui, en France, est devenu un sport national : l’antiaméricanisme. Déjà, lorsque l’on jette un œil sur l’illustration de couverture - un homme assis dont on ne voit pas le visage, portant un autocollant « Us go home » et tenant une canette de Coca dans la main gauche - on se frotte les mains. Et on a raison !
En quatorze chapitres menés tambour battant, l’auteur passe en revue les nombreuses accusations contre l’Amérique et les démonte avec humour et une implacable sérénité. Il ne nous appartient pas de révéler toutes les richesses de cet essai passionné et passionnant. Contentons-nous de quelques exemples.
Mac Donald’s veut « faire crever les paysans », disent les Bové et consorts. Mais est-ce de la propagande néolibérale que de rappeler que 48 000 éleveurs de bœufs, 110 maraîchers, 130 céréaliers, 70 éleveurs de poulets, 400 cultivateurs de pommes de terre et 110 éleveurs de porcs français travaillent avec Mac Donald’s France (p. 51) ?
Autre accusation récurrente : l’impérialisme militaire. « La liste des interventions où sont impliquées les États-Unis tient lieu de démonstration. » explique Pierre Rigoulot. Il ajoute plus loin : « On oublie la guerre froide, on oublie la confrontation avec les Soviétiques, on oublie la subversion cubaine et l’on déroule un conte à dormir debout ou le Gros Méchant Yankee cherche sans cesse à renverser d’inoffensifs réformistes modérés pour satisfaire ses appétits de puissance et surtout sa volonté de s’emparer du pétrole. » (p. 142).
Outre de fort utiles mises au point sur le prétendu génocide amérindien (p. 135-137) et le maccarthysme (p. 239-243), nous avons apprécié cette anecdote révélatrice de l’hypocrisie de certains adversaires français de la peine de mort : ayant souhaité se joindre à une campagne abolitionniste initiée par des personnalités de gauche et relayée par « Marie-France » et
« Le Nouvel Observateur » en décembre 2000, l’intellectuel libéral Guy Sorman fut éconduit pour avoir demandé que soit évoqué le cas de la Chine communiste : « C’est la justice américaine qu’il fallait dénoncer et aucune autre ! » (p. 114).
Certes, on peut regretter que Pierre Rigoulot ne parle pas de la question des armes à feu en vente libre (trop nombreux sont les Français pensant que « Bowling for Columbine » de Michael Moore est un chef-d’œuvre ; mais on peut se reporter aux travaux de Pierre Lemieux sur le sujet). Par ailleurs, on peut ne pas être d’accord sur certains points : faire de « Présent » un journal antiaméricain (p. 12), c’est oublier que celui-ci a su raison garder lors du conflit de mars-avril 2003 et que le directeur de la publication, Alain Sanders est plutôt un admirateur de George W. Bush.
Enfin, des affirmations telles que « C’est la France assoupie qui triomphe aujourd’hui, la France pacifiste, la France de la peur, la France du retour au “bon vieux temps“, celle du Bonheur est dans le pré, d’Amélie Poulain et de José Bové, avec ses moustaches d’Astérix et son fromage de Roquefort comme en faisait son grand-père. » (p. 204) devraient en faire sursauter plus d’un. Là ce n’est plus de notre part une critique, mais une prédiction. Récemment, le site < www.professionpolitique.com/ > a même dit du livre qu’il « privilégie les règlements de compte » !
Ceci dit, « L’Antiaméricanisme » demeure un ouvrage aussi percutant qu’instructif, qu’il faut lire et faire lire - y compris à ceux et celles qui ne portent pas l’Amérique dans leur cœur… Et cela fait beaucoup de monde !
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