Milliere Guy - mercredi 14 juin 2006
L’organisation Liberté chérie qui s’est fait connaître ces dernières années en appelant à des actions de protestation contre les divers blocages qui stérilisent la société française, en se faisant un relais efficace des idées de liberté individuelle et en donnant un nouveau souffle au mouvement libéral français (souffle qui s’est traduit le 12 mai dernier par la fondation d’un nouveau parti politique, Alternative libérale) organise le 25 juin prochain une grande fête de la liberté à laquelle sont conviés tous ceux qui souffrent du socialisme ambiant. Il y aura des écrivains, des économistes, des géopolitologues, des conférenciers, des gens de toutes les origines sociales. Il y aura du dynamisme, de l’esprit d’entreprise et de la fraternité.
Le lieu à remplir étant vaste (il s’agit du pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne), l’ambition étant, surtout, de rassembler aussi largement que possible, Liberté Chérie fait un travail d’information par tous les moyens disponibles. Parmi ceux-ci, il y a les tracts. Et il a paru être intéressant de joindre en ce cadre les militants de partis et d’associations dont on peut penser qu’ils ont des aspirations qui les rendent sensibles à la défense de la liberté.
C’est en ce cadre qu’un membre de Liberté chérie s’est rendu voici peu à l’entrée d’une réunion publique de l’UMP et, de fait, sa démarche semblait logique : l’UMP résulte de la fusion de plusieurs partis de la droite modérée, dont Démocratie libérale. Il y existe un courant qui se proclame « réformateur ». Nombre de gens qui se réclament des idées libérales ont rejoint l’UMP. Liberté chérie n’est pas un parti politique et a une identité distincte d’Alternative libérale. La fête de la liberté est ouverte à tous ceux qui revendiquent les valeurs de liberté, sans exclusive. Des membres de l’UMP pouvaient être intéressés par l’information qu’on leur donnait. Qui plus est, la distribution de tracts, pourvu que ceux-ci n’appellent pas à la haine n’est pas interdite en France à ma connaissance.
Il se trouve néanmoins que le distributeur de tracts s’est vu très rapidement sommé d’arrêter la distribution et de partir, ce par des policiers venus en nombre. Il s’est vu raccompagné sans ménagement à la prochaine station de métro avec l’ordre de ne pas rebrousser chemin.
Je sais que cela aurait pu plus mal finir : une arrestation arbitraire, une nuit passée au poste de police. Je sais qu’il y a des pays sur terre où on se retrouve avec une balle dans la nuque pour moins que cela. Je ne puis néanmoins que m’interroger : ces policiers ont-ils fait du zèle ? Si c’est le cas, ce devrait être dit explicitement, et pourquoi pas par le Ministre de l’intérieur lui-même. Ont-ils reçu des ordres, et en ce cas, de qui ? Question supplémentaire : est-ce le rôle de la police de s’en prendre à un distributeur de tracts à l’entrée d’une réunion d’un parti politique, fût-il l’UMP ? Une question encore : l’UMP est-il à ce point en contradiction avec les valeurs véhiculées lors d’une Fête de la liberté pour que d’aucuns en son sein considèrent que la présence, à proximité de l’entrée d’une réunion, d’un membre d’une association libérale constitue un danger subversif ou une perturbation de l’ordre public ? Ce n’est qu’un incident mineur, bien sûr, mais c’est en laissant passer ce genre d’incident qu’on se retrouve dans une situation où les libertés de parole et de mouvement sont peu à peu confisquées.
Un certain nombre de mes amis me poussent à soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république. Je reste à convaincre. Je commencerai à être (un peu) convaincu lorsque des membres de Liberté chérie pourront librement distribuer des tracts à l’entrée d’une réunion de l’UMP. Je serai davantage convaincu quand l’UMP proposera clairement des mesures de libération de l’économie française et de réformes des institutions permettant que la France devienne un état de droit au sens libéral du terme. En attendant, je serai sur mes gardes. Je rêverai du jour où des gens pourront distribuer librement des tracts devant le palais de l’Élysée comme on peut en distribuer librement devant la Maison Blanche à Washington. C’est parce que ce genre de choses est possible aux États-Unis que les Américains disent de leur pays : « C’est un pays libre ». J’aimerais pouvoir dire de la France : « C’est un pays libre ». Tous ceux qui iront à la Fête de la liberté l’aimeraient comme moi.
Pourquoi la France ne fait-elle plus rêver ? Le dernier livre de Guy Millière
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