Thieulloy (de) Guillaume - jeudi 29 avril 2010
Internet – et tout spécialement, ce que la grosse presse appelle la « réacosphère » – bruisse, ces derniers jours, du « coup de cœur » de la Fnac niçoise en faveur d’une photo « politiquement incorrecte » d’un homme s’essuyant l’arrière-train avec le drapeau français.
On notera d’abord que la Fnac met ainsi, de son propre aveu, son cœur à un endroit que le commun des mortels appelle en général d’un nom un peu différent…
Nous savions que la Fnac était un fossoyeur de la culture française traditionnelle. Nous savons désormais que, pour elle, la culture tout court est un produit de fosse d’aisance. Dont acte. Je ne m’en serais pas vanté à leur place, mais si cela leur permet de rester à l’avant-garde de la post-modernité, ce n’est pas moi qui vais leur disputer la place !
Naturellement, le principal problème dans cette affaire absurde tient à la définition du « politiquement incorrect ». Il est clair que le politiquement incorrect de la Fnac n’est pas le nôtre…
Qu’est-ce donc que le « politiquement incorrect » ? À vrai dire, on ne peut le définir que par opposition au politiquement correct. Et le politiquement correct, c’est essentiellement ce qui est conforme aux mœurs et préjugés dominants.
Le politiquement incorrect, c’est donc la rébellion contre le conformisme ambiant. On sait, bien sûr, qu’il peut y avoir un conformisme de l’anticonformisme. Il est tellement confortable de passer pour un « rebelle » !
Mais il faut un peu de bon sens. À qui fera-t-on croire qu’il soit risqué pour un « artiste » ou un « intellectuel » de cracher sur la patrie, par les temps qui courent ?
Car il s’agit bien, dans cette affaire, de cracher sur la patrie. On peut naturellement discuter des symboles : le drapeau tricolore et surtout la Marseillaise peuvent sembler, pour des réactionnaires comme votre serviteur, des symboles de guerre civile (le fameux sang impur étant tout de même du sang français…), au moins autant que des symboles nationaux.
Il est intéressant à cet égard de noter que « Marianne », qui est un des seuls journaux de la grosse presse à protester contre cette provocation, parle d’abord du « drapeau de la France », en déclarant ensuite : « C’est l'un des symboles de la République et l’Histoire d’un pays entier qui est touché par cet acte. » Cela devrait normalement plonger le lecteur dans un abîme de perplexité. Comment toucher à un « symbole de la République » pourrait-il être équivalent à toucher à « l’Histoire d’un pays entier », alors que ce pays a vécu plus de 1 000 ans sans connaître la république ?
Mais ce débat sur les symboles nationaux et les « valeurs républicaines » n’a, dans le cas qui nous occupe, aucun intérêt et aucune portée. Ce qui a été visé par la photo – et par la Fnac qui lui a donné son « coup de cœur » –, c’est bien la France. Il n’y a pas à sortir de là.
Et je maintiens que cracher sur la France est tout sauf « politiquement incorrect ». C’est même d’un conformisme moutonnier ! Le député UMP Lionnel Luca a parfaitement raison de dire : « Ça, ce n’est pas du politiquement incorrect, c’est de la provocation gratuite, c’est une injure. Le politiquement incorrect aurait été de faire cette photo avec le drapeau algérien. » Personnellement, j’aurais également trouvé ça de mauvais goût. Je ne vois aucune justification « artistique » à insulter les attaches de quiconque. Mais il est évident que l’on risque un tantinet plus en faisant cette photo avec le drapeau FLN qu’avec le drapeau français. Et que du « politiquement incorrect » sans risque, c’est de la roupie de sansonnet !
Tout cela ne serait finalement que d’une banalité affligeante. On sait bien que la caste politico-médiatique est aussi éloignée que possible de nos racines, de nos attaches culturelles et sentimentales, et même de nos vieilles querelles. Mais le plus extravagant, peut-être, dans ce débat typique des passe-temps du microcosme, tient aux suites judiciaires.
Quelques députés des Alpes Maritimes (Charles Ginésy, Lionnel Luca et Éric Ciotti) ont saisi le Garde des sceaux pour réclamer des poursuites. La réponse est tombée en fin de semaine dernière : le procureur de Montgolfier a classé la plainte sans suite. Il existe bien un délit d’injure à la Marseillaise et au drapeau… mais seulement dans les événements réglementés par les autorités publiques. Bref, on peut brûler le drapeau français (ou se torcher avec), mais il faut que ce soit dans une manifestation spontanée, non déclarée en préfecture !
On respire. On craignait qu’avec la droite au pouvoir, la culture se trouve odieusement censurée. Rassurez-vous, bonnes gens ! On peut toujours cracher sur la France…
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