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Non, on ne peut pas être socialiste et libéral


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Guenin Jacques (de) - mercredi 19 novembre 2008

liberalisme
de l'audace delanoeLe libéralisme est la doctrine qui enseigne le respect de la liberté de l’autre. Vouloir qu’un individu soit libre, c’est s’interdire d’obtenir quoi que ce soit de lui par la coercition.

Un certain nombre de règles de comportement s’en déduisent par une logique implacable. Ainsi la responsabilité se déduit de la liberté et vice versa : si l’on veut que les autres soient libres, il faut assumer soi-même les conséquences de ses actes. En sens inverse, on ne peut être tenu pour responsable de ses actes que si on est libre de les commettre ou non.

De même, lorsque vous avez créé un bien par votre travail et votre raison, personne n’a le droit de vous le prendre, c’est votre propriété. En économie, rappelle le Petit Larousse, le libéralisme est « la doctrine économique de la libre entreprise, selon laquelle l’État ne doit pas, par son intervention, gêner le libre jeu de la concurrence ».

Le libéralisme est donc un ensemble cohérent dans lequel on ne peut pas pêcher arbitrairement les idées qui vous plaisent et rejeter celles qui ne vous plaisent pas, comme en témoigne la grande cohérence logique entre les écrits de tous les grands penseurs libéraux. On ne retrouve pas la même cohérence chez les grands penseurs socialistes, dont chacun a sa propre vision de la société idéale, à cela près que chacune est imposée par l’État.

Il est donc clair qu’on ne peut être à la fois socialiste et libéral, et, si les socialistes modernes empruntent de plus en plus d’idées au libéralisme, comme ils l’ont fait récemment pour l’économie de marché, cela n’en fait pas pour autant des libéraux.

M. Delanoë, qui n’est pas un homme politique négligeable, fait donc preuve de caractère en s’affirmant libéral dans un parti qui s’affiche hostile au libéralisme. Les libéraux doivent lui en savoir gré. Reste à savoir s’il satisfait véritablement aux critères évoqués plus haut. Dans son livre « De l’audace », il martèle nombre de points que ne récuseraient pas les libéraux. En voici quelques exemples parmi d’autres :

– Je ne condamne jamais un individu au nom d’une responsabilité collective […] Un individu n’est responsable que de lui-même […] Nous ne sommes plus au temps du marxisme qui raisonne sur des classes sociales et qui finit par broyer les hommes (p 22).
– Le droit à la liberté comporte le droit d’entreprendre, le droit de choisir les produits qui nous conviennent, le droit de constituer un patrimoine (p 38).
– Seule l’économie de marché crée des richesses nécessaires au progrès social (p 39).
– Le libéralisme, c’est dans le même temps l’idée que la liberté est une responsabilité (p 44).
– Un manager public […] doit fixer des objectifs conformes aux intérêts de la population – c’est l’esprit du service public – et ensuite rechercher le meilleur moyen de les atteindre, public ou privé (p 113).

Pour bien montrer qu’il ne s’agit pas seulement de mots, M. Delanoë illustre ces affirmations par divers exemples pratiques comme le Vélib, qu’il a confié à une entreprise privée.

Mais M. Delanoë ne va pas jusqu’au bout de la logique libérale. Pour lui, l’intervention de l’État dans l’économie doit rester importante. Cela est affirmé dans l’introduction, au sujet de la crise financière actuelle, attribuée seulement à la spéculation. Il ne sait manifestement pas que la crise des subprimes est la conséquence d’une série d’interventions malencontreuses de l’État. Il reste persuadé des bienfaits de l’intervention publique dans le logement.

Il ne voit donc pas à quel point cette intervention n’a fait qu’engendrer la pénurie et la laideur.

Le progrès dans les niveaux de vie comme dans la solidarité résulte du travail des individus et des millions d’interactions spontanées qu’ils ont les uns avec les autres. À l’État de veiller à ce que ces interactions se fassent en toute liberté, sans violence ni spoliation. Mais qu’il les laisse faire ! Dès qu’un fonctionnaire intervient dans ces interactions autrement que pour garantir toute absence de coercition ou de tromperie, il les complique, il les retarde, il en augmente le coût…

Or, que ce soit la pénurie de logements, le chômage, le manque d’infirmières, ou le déficit de la Sécurité sociale, il n’y a aucun des problèmes de la société française que la liberté ne puisse régler.

M. Delanoë a donc encore un peu de chemin à parcourir pour être un vrai libéral. Souhaitons-lui d’y parvenir. Il y trouvera un jour sa récompense, comme en témoigne l’épopée de David Lange en Nouvelle-Zélande, de Tony Blair en Angleterre, et de Mart Laar en Estonie.

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