Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 19 novembre 2008
economie
Que veut-on dire quand on parle de « régulation » économique ? Il me semble que, selon les auteurs, le mot peut avoir deux sens. Le premier est conforme à l’étymologie : il s’agit de donner des règles à la vie économique. Le second serait plutôt synonyme de socialisme « soft ».
Entendons-nous bien. Je ne crois pas que renationaliser des banques en faillite soit nécessairement une politique socialiste. Même si je crois que c’est une politique fort dangereuse, car elle risque de pousser encore plus loin le mécanisme de surendettement des particuliers, des entreprises et des États.
Or, c’est précisément ce surendettement qui a conduit inexorablement à la crise. Malgré cela, il peut être utile, dans certains cas précis, de renationaliser telle ou telle banque, telle ou telle politique économique. Encore une fois, la nationalisation comme telle n’est pas nécessairement socialiste. En revanche, réclamer la résolution de la crise des seuls États est proche du socialisme.
À l’heure actuelle, tout le monde ou presque s’accorde sur la nécessité d’une régulation. Mais il semble que trop de plaidoyers pour cette régulation soient en réalité des plaidoyers socialistes. Il suffit d’ailleurs de voir à quel point les candidats au poste de Premier secrétaire du PS « surfent » sur la vague. Mme Royal, qui est pourtant, semble-t-il, la moins à gauche des trois, réclamait par exemple de « changer le capitalisme et ses objectifs ». De deux choses l’une. Soit il s’agit d’une pieuse pensée à but électoral exclusivement, comme nous y a habitués la dame. Soit il s’agit d’une doctrine avec un contenu concret. Et alors, même si Mme Royal ne nous aide guère à y voir plus clair sur ledit contenu, ses propositions de changement ne sont pas très rassurantes (si elle a besoin de « communicants », nous pouvons lui proposer quelques slogans publicitaires dans le style « plus d’impôts pour plus de bonheur », « un monde meilleur avec moins d’entreprises »…).
Bref, si régulation veut dire que les États doivent résoudre seuls la crise, en nationalisant durablement les différentes institutions bancaires, en déclenchant une nouvelle vague « d’emplois aidés » ou en limitant les possibilités des entreprises de réagir, nous ne sommes pas preneurs !
Les mêmes causes produisent les mêmes effets. L’endettement trop important des États et des particuliers a conduit à la crise. Ce n’est pas en endettant davantage les États qu’on en sortira.
En revanche, si la régulation doit s’entendre au premier sens du mot, au sens d’établissement de règles, évidemment, j’y suis favorable.
Mais je m’étonne tout de même que tout le monde fasse semblant de croire qu’il n’y avait pas de règles dans la vie économique avant l’été 2007. Pour ne prendre qu’un exemple, issu du libéralisme le plus « orthodoxe », il existe des lois sur la concurrence et des institutions pour les faire respecter. Croit-on vraiment que la Commission européenne ou, en France, le Conseil de la concurrence étaient des organismes regardant passivement les marchés « dérégulés » agir ? Demandez donc à Microsoft s’il n’y avait aucune règle dans le capitalisme d’avant l’été 2007 !
En revanche, que ces règles aient besoin d’être repensées, j’en suis pleinement d’accord. En particulier, les licences effarantes qui ont été données aux banques, sorte de clé de voûte du système économique capitaliste, de prêter sans un minimum de fonds propres doivent être révisées. On ne peut pas gagner d’argent en vendant du vent. Il est légitime que les banques gagnent de l’argent en prêtant celui qu’elles ont. Il est aberrant qu’elles en gagnent en prêtant l’argent qu’elles n’ont pas. Il est plus aberrant encore que les États les aient obligés à le faire, en outre, à des acheteurs insolvables. Et on atteint le comble du surréalisme, lorsque les États, eux-mêmes désargentés, se portent caution de banques en faillite pour avoir prêté à des personnes insolvables de l’argent qu’elles ne possédaient pas !
Nous avons applaudi à l’écroulement du système économique socialiste. Il reposait en effet sur des nuées et non sur la réalité. Mais il existe une autre façon de vivre dans l’irréel : celle que nous voyons aujourd’hui.
Pour répondre à la crise, il n’y a qu’une seule façon de faire : revenir au réel. Il faut que l’économie repose sur l’épargne et non sur la dette ; sur la production et non sur la consommation. Certes, ni la dette, ni la consommation ne sont mauvaises en soi. Mais s’endetter sans capacité d’épargne est absurde, de même que dépenser plus que ce que l’on gagne.
La crise peut sans doute aider à redécouvrir ces règles de bon sens. Alors, nous aurions une régulation au bon sens du terme…
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