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1804-2004 : d’un sacre à l’autre


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Constant Rémond - dimanche 26 décembre 2004


Il y a exactement 200 ans, le 2 décembre 1804, Napoléon Bonaparte arracha la couronne au Souverain Pontife pour se sacrer lui-même empereur des Français. Par un curieux concours de circonstances, le bicentenaire de cet épisode coïncide avec un autre sacre médiatique, celui de Nicolas Sarkozy, dont la brillante élection à la présidence de l’UMP laisse augurer un destin hors du commun, parmi les champs élyséens du pouvoir politique.
Sarkozy semble exercer la même fascination que l’auguste personnage auprès des milliers de militants UMP réunis en masse au Bourget.
Certes, Nicolas Ier n’a pas encore couronné Cécilia de ses mains aguerries par plusieurs victoires militaires, quelques insurrections écrasées sous les boulets rouges de l’autoritarisme et un coup d’État. Pourtant, l’extraordinaire fascination qu’exerce Nicolas Sarkozy auprès des militants UMP suscite une interrogation légitime, car si la noblesse de la politique consiste à mettre les hommes au service des idées, on a ici l’impression contraire que les idées tantôt libérales, tantôt gaullistes, tantôt sécuritaires, tantôt favorables aux minorités ethniques, tantôt papistes ratissent large pour mieux servir l’ambition d’une seule personne.
Avec 85 % de suffrages exprimés, un parfum de 5 mai 2002 plane sur cette élection qui ne souffrit pourtant pas de la qualité des candidats. Car la « conservatrice de cœur » Christine Boutin et le néo-gaulliste Nicolas Dupont-Aignan ne ressemblent guère à un Jean-Marie Le Pen cristallisant les peurs et le rejet. Au contraire, ces outsiders réussirent à insuffler une véritable dynamique de campagne en privilégiant le débat d’idées sur les paillettes médiatiques, la discussion militante sur la course à l’audimat, les réunions à échelle humaine sur la politique-spectacle.
À propos de politique-spectacle, un petit film à la gloire de Nicolas Sarkozy fut diffusé durant cette soirée au Bourget avec une brochette d’acteurs et de réalisateurs comme Christian Clavier, Alain Delon, Jean Reno… et même le gauchisant Bertrand Tavernier dont la présence confirme au passage que les artistes flairent mieux que les autres les changements de régimes et d’époques.
La résistible ascension de Nicolas Ier nous incite à nous poser une question de fond pour l’avenir de la représentation politique : pourquoi cette fascination ? Pourquoi un plébiscite aussi spectaculaire ? Pourquoi le charisme d’une personne a-t-elle primé sur la pertinence des idées ?
Trois raisons essentielles semblent se dégager pour expliquer cette « sarkomania ». Tout d’abord, il semblerait que ce soit surtout le changement de style imposé par Nicolas Sarkozy qui ait conquis le cœur des électeurs. Exploitant la lassitude qu’inspirent 30 ans de chiraquisme, Sarkozy incarne le changement que les militants attendaient. En corollaire à cette explication politique, il faut garder en esprit que l’UMP, comme toute institution en crise, subit un vieillissement massif et inquiétant de ses adhérents.
Deuxième explication, et cela n’est pas contradictoire avec l’envie de renouveau, la faiblesse du débat au sein de l’UMP. L’esprit de discipline hérité du RPR, les vieux réflexes de soutien absolu au leader, le peu d’intérêt pour la culture démocratique, la confusion entre loyauté et obéissance, tous ces défauts inhérents à un archéo-RPR dépassé par la modernité se sont retrouvés catalysés au sein d’une UMP mort-née depuis la scission de Bayrou et l’apparition d’un vote souverainiste. Dans l’esprit de nombreux militants UMP, l’important dans cette élection n’était pas d’exprimer une sensibilité, mais de soutenir une personne susceptible d’incarner le chef.
Enfin, Nicolas Sarkozy maîtrise à merveille le temps court médiatique : sens du spectaculaire, avidité dans la course à l’audimat, récupération parfois obscène de l’émotion des faits-divers… En réalité cette force constitue son talon d’Achille, car cette occupation du terrain médiatique exige l’obtention rapide de résultats concrets…
Une chose est sûre cependant : après un plébiscite à 85 %, la popularité de Sarkozy ne peut que décliner. Quand les Français prendront conscience des résultats très mitigés de Nicolas Sarkozy, le capital de confiance de cet homme piégé par les sirènes du politiquement correct s’émoussera.
Et les légitimistes d’une vraie droite décomplexée, à la fois moderne, républicaine, libérale, patriote et attachée aux valeurs morales, sauront attendre patiemment leur heure pour sauver notre pays du déclin !

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En bref
BREVETS
Plus de 162 000 demandes de brevets européens sont déposées chaque année, soit 40 000 de plus qu’il y a cinq ans !

Divers faits

HÔPITAUX á Plus de la moitié des 31 Centres hospitaliers régionaux et universitaires sont en déficit…

BAGUES á Chaque jour, les chirurgiens français sont obligés d’amputer un doigt, à cause d’un arrachement lié à une bague coincée !

FÉMINISME á La Suède pourrait se doter prochainement d’un parti de femmes. Gudrun Schyman, leader du parti ex-communiste, a décidé de créer un tel parti en 2005. À ce jour, seule l’Islande a, depuis 1983, un parti de femmes, dont le poids électoral oscille entre 5 et 10 %…

MÉRITOCRATIE á La fonction publique est de plus en plus inégalitaire. Sur les vingt dernières années, la proportion d’enfants de cadres y a crû de plus de 50 %. À noter : les enfants de fonctionnaires représentent désormais 26 % des effectifs !

FERTILITÉ á Une étude américaine affirme que l’usage de l’ordinateur portable serait dangereux pour la fertilité masculine - notamment parce que la position adoptée, lorsque l’on utilise son ordinateur sur ses genoux, conduit à une augmentation de la température des bourses.

LOIS á Le taux d’application des lois françaises est extrêmement bas. Environ 50 % des lois votées au cours de l’année 2003-2004 n’ont même pas été suivies de textes réglementaires. Mais la situation s’améliore : alors que le taux d’application des lois votées l’année précédente était de 9,7 % en 2002-2003, il est passé à 14,4 % en 2003-2004 !




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