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1954-2005: Du rejet de la CED à celui de la Constitution


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Dumait Alain - dimanche 24 avril 2005


Le débat qui occupe la France au sujet du référendum du 29 mai prochain rappelle par ses ambiguïtés et ses incohérences celui qui eut lieu en 1954 sous la IVe République à propos de la Communauté Européenne de Défense (CED).
En ce temps-là déjà, une alliance contre-nature s’était formée au Parlement entre gaullistes et communistes, dans le but de s’opposer au projet de CED que défendaient avec ardeur les vrais Européens de l’époque, soucieux de renforcer l’entente franco-allemande.
Cette fois, c’est le parti socialiste et l’UMP, héritière du gaullisme, qui dans un rapprochement inattendu, invitent l’électeur à voter « oui » au référendum; le premier parce qu’il veut promouvoir une Europe « sociale », c’est-à-dire socialiste, la seconde parce que, bien qu’adversaire des socialistes, il lui faut, dans sa majorité, soutenir le Président de la République.
Or, ce dernier, qui a beaucoup évolué depuis son « appel de Cochin », est devenu à ce point un partisan de l’Europe unie qu’il veut l’étendre jusqu’à la Turquie !
Dans ces conditions paradoxales, quelle peut être l’attitude d’un libéral qui avait approuvé le Traité de Rome de 1957 instituant le Marché commun et par-là même la libre circulation des hommes, des biens, des capitaux, ainsi que la libre implantation dans l’espace communautaire ?
Il doit constater tout d’abord qu’en passant de six à quinze membres, l’Union européenne, si elle a progressé économiquement grâce au libre-échange, s’est transformée avec la Politique Agricole Commune (PAC) et le foisonnement des réglementations édictées par Bruxelles en une machine bureaucratique de plus en plus coûteuse et contraignante pour l’ensemble des citoyens qui la composent.
En tant que Français, ce libéral doit, par ailleurs, déplorer que son pays soit considéré comme le plus mauvais élève de la classe européenne, refusant toute réforme sérieuse de la PAC, demandant à Bruxelles des dérogations aux obligations posées à Maastricht pour la création de l’euro, exigeant une remise à plat de la directive Bolkestein sur les services, pourtant déjà votée, et retardant le plus possible le démantèlement de ses monopoles.
La sagesse voudrait déjà qu’on se conforme aux obligations du traité existant dans le cadre élargi de l’Europe des 25.
C’est en effet mettre la charrue avant les bœufs que de proposer une Constitution de nature confédérale dotée d’un Président et d’un Ministre des Affaires étrangères comme si des pays parlant plus de 20 langues différentes et pratiquant des politiques économiques divergentes pouvaient soudain s’exprimer d’une même voix.
Un « non » à ce projet, comme celui préconisé ici, n’aurait du reste en aucun cas les conséquences séismiques que certains prédisent car le Traité de Nice existe et il s’agit de l’appliquer à tous ses signataires en faisant confiance au marché et à la libre concurrence pour avancer dans le sens de l’Union sans se livrer à des constructions intellectuelles pour le moins prématurées.

Fred Aftalion
Administrateur de l’ALEPS


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