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2005-2006: Bilans et perspectives


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Milliere Guy - dimanche 22 janvier 2006


Lorsqu’une année s’achève, il est habituel de brosser un bilan et d’esquisser des perspectives. C’est ce que je vais tenter de faire ici.
Commençons par le bilan. 2005 aura, dans l’ensemble, été pour la planète une année faste. Économiquement, la croissance moyenne planétaire se situe aux environs de 5 % pour la seconde année consécutive. Des millions d’emplois ont été créés en Asie, en Amérique du Nord, au Brésil, en Irlande, au Royaume-Uni.
Quand bien même il reste des points sombres, comme les massacres au Darfour ou les ravages continus du Sida, l’Afrique subsaharienne a été moins marquée par la violence. La Chine poursuit son avancée vers le capitalisme, et si on ne peut qu’avoir des doutes sur les intentions du gouvernement de Pékin, si on ne peut que noter les catastrophes écologiques provoquées par une course à la croissance dans un contexte où n’existent pas de contre-pouvoirs, on doit constater que, plus les liens de la Chine au reste de l’économie mondiale seront nombreux, moins la menace d’une aventure militaire chinoise sera grande. L’Inde poursuit les progrès amorcés au cours de la dernière décennie. Le Pakistan reste tenu par Pervez Musharaf. Le terrorisme reflue en Irak. L’organisation Al Qaida s’est trouvée affaiblie davantage encore. Le Liban est plus libre qu’il ne l’a été depuis longtemps, même si le Hezbollah y reste une force nocive. La construction de la barrière de sécurité et le retrait de Gaza ont permis à Israël d’amoindrir considérablement le danger terroriste et les pressions internationales « pro-palestiniennes ».
Des dangers majeurs se sont révélés aussi : renaissance d’un extrémisme populiste autoritaire en Amérique du Sud, dans le sillage d’Hugo Chavez, renforcement du fanatisme et de la volonté de se doter de l’arme nucléaire en Iran. Enfin, l’échec de la constitution européenne porté par les « non » français et néerlandais a stoppé la progression de la grande machine technocratique bruxelloise et mis provisoirement fin aux illusions de l’« Europe puissance ».
En France même, les émeutes de novembre, la révélation des chiffres de la dette publique, les constats de plus en plus nombreux de l’asthénie économique présentent au moins l’avantage de faire grandir la perception par l’opinion de l’extrême gravité de la situation. Le déclin irréversible, voire la dislocation du pays, ne sont plus de simples hypothèses d’école.
Passons maintenant aux perspectives. On peut raisonnablement penser que la croissance planétaire se poursuivra à un rythme soutenu en 2006. L’avancée de la Chine vers le capitalisme devrait elle-même se poursuivre et faire refluer davantage encore un risque de dérive militariste chinois. L’Inde et le Pakistan devraient, eux aussi, continuer sur la lancée actuelle. La stabilisation d’un Irak démocratique devrait se poursuivre. Plusieurs pays d’Amérique latine pourraient fort bien se doter de dirigeants populistes comme la Bolivie vient de le faire, mais trois pays au moins devraient néanmoins contribuer à éviter que le sous-continent entier ne replonge dans ses errances passées : le Brésil, le Chili, et la Colombie où Alvaro Uribe mène une politique claire et déterminée.
L’Iran apparaît de plus en plus comme le pays sur lequel l’attention internationale devrait se focaliser : un Iran démocratique doté de l’arme nucléaire pourrait à la rigueur se concevoir, un Iran fanatique doté de l’arme nucléaire est de l’ordre de l’inconcevable. Des actions d’ampleur devront être envisagées pour éviter le pire. On y pense à Jérusalem et à Washington. Il serait bon qu’on y pense davantage en Europe.
En France, les débats vont graviter toujours davantage autour de l’échéance présidentielle de 2007. Attendre de la gauche qu’elle comprenne qu’elle est au xxie siècle et qu’elle prenne un virage à la Tony Blair me semble inutile. Toute la responsabilité reposera donc sur la droite. Le bilan de Chirac est désastreux, et Villepin apparaît n’être qu’un clone de Chirac. Nicolas Sarkozy va se trouver placé devant une responsabilité historique. Son discours met présentement l’accent sur l’ordre. C’est très insuffisant. Est-il prêt à prendre les mesures économiques résolument libérales qui s’imposeraient, quitte à affronter plusieurs mois de grève comme Margaret Thatcher voici vingt-cinq ans ? On le saura bientôt.


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