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2008 : les menaces sur la paix vont s’accumuler


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 02 janvier 2008

islamisme
L’année 2007 se termine sur l’assassinat de Benazir Bhutto et s’ouvre sur le chaos au Pakistan. L’espérance réformiste qu’elle incarnait n’aura même pas vécu jusqu’aux élections législatives prévues – jusqu’à maintenant – pour le 8 janvier. Ses partisans croient à un coup tordu du président Musharraf. Il n’avait pas accédé à ses demandes de renforcer son appareil de sécurité. Et sa disparition l’arrange. Mais l’assassin est un intégriste islamiste, comme l’atteste la ceinture d’explosifs. Il a pu être aidé par les services de renseignement et de sécurité pakistanais. Cela n’impliquerait pas automatiquement Musharraf : il ne les contrôle que partiellement, ils sont farcis d’intégristes. Il a lui-même échappé à trois attentats.

Le Pakistan montre dans quelle impasse est le monde musulman. Ce pays – contrairement à d’autres en terre d’Islam – profite de la mondialisation, avec une croissance à 7 % pour 2007. Sa classe moyenne, en plein essor, veut la démocratie, comme l’ont attesté, au cours de l’année écoulée, les grandes manifestations de soutien au juge Chaudry, l’ex-président de la Cour suprême, qui s’était levé contre Musharraf.

Les cybercafés fleurissent, le tourisme prospère, la modernisation s’étend. Mais, face à ce Pakistan-là, il y a l’autre, sanguinaire, celui des intégristes islamistes. En 2007, ils ont multiplié les attentats kamikazes. Notamment depuis l’assaut de l’armée contre la Mosquée rouge, en juillet dernier, pour les en déloger. Ils sont, eux aussi, en plein essor. Kaléidoscope d’ethnies rivales – Pendjabis, Sindis, Baloutches, Pachtounes, Mohajirs (réfugiés d’Inde) – le Pakistan peine à maintenir son unité.
Base de sa création en 1947, l’Islam est le ciment national, que les régimes successifs ont utilisé pour se légitimer. Le père de Benazir Bhutto lui-même, le « progressiste » Zulficar Ali Bhutto, qui dirigea le Pakistan dans les années 1970, prôna le « socialisme islamique ». Il joua un rôle actif dans l’Organisation de la conférence islamique. Et il a proclamé la charia loi du pays.
Les intégristes ont été le bras armé de la politique étrangère pakistanaise au Cachemire, contre l’Inde. Et en Afghanistan, où le mouvement taliban a émergé sous le second gouvernement Bhutto (1993-1996), aidé par son ministre de l’Intérieur Nasirullah Babar. La corruption est inhérente à tous ces gouvernements, plus encore lorsqu’ils se réclament d’un Islam « moderne » : le mari de Benazir est surnommé « Monsieur 10 % ».

L’intégration des partis islamistes au jeu institutionnel laissait espérer leur neutralisation. Ça a été le contraire : l’islamisation, légitimée au plus haut niveau, s’est étendue. Les madrassas, chasse gardée des partis religieux, instruisent les classes populaires dans le fanatisme. Les islamistes ont infiltré presque toutes les institutions, quand ils ne les tiennent pas complètement. Aussi, l’assassinat de Bhutto – haïe des partis religieux pour son style occidental – était-il prévisible. Comme l’est celui de Musharraf, considéré par le peuple comme « le traître », « l’homme des Américains », depuis que ces derniers l’ont forcé, suite au 11-Septembre, à combattre Al-Qaida.

Les islamistes tiennent les provinces frontalières de l’ouest, base arrière des talibans afghans. Leur arrivée au pouvoir n’est qu’une question de temps. Maîtres de l’arsenal atomique pakistanais, ils déstabiliseront le Cachemire, étendront leur emprise sur Kaboul, se projetteront sur l’Asie centrale riche en hydrocarbures, contrôleront oléoduc et gazoducs…

Cela entrera en résonance avec la rivalité montante entre la Chine – lancée dans une intense course aux armements - et les États-Unis. Un axe Chine-Pakistan se forme, tandis que l’Inde se rapproche des États-Unis. Les clivages de la Troisième Guerre mondiale se dessinent.

La crise iranienne - hâtivement jugée close après le rapport du Renseignement américain - ressurgira : ce rapport a pour conséquence d’inciter Téhéran à accélérer la mise au point de la bombe atomique. La prolifération nucléaire commence. Le Hezbollah et le Hamas islamistes déstabilisent le Moyen-Orient. Le terrorisme islamiste s’est réveillé dans le Maghreb. Dans l’ensemble du monde musulman, la réislamisation galope, tchador au vent. Y compris en Turquie, où la laïcité kémaliste recule.

Pour enflammer cette poudrière, il manque une crise économique mondiale. Elle mijote. Celle des subprime secoue les banques occidentales. Une récession s’annonce déjà aux États-Unis. Plus tard, se produira un krach mondial par overdose de crédit. L’Occident, qui donne des signes de déclin – cf. Nicolas Bonnal Le crépuscule de la race blanche – sera alors confronté à la guerre à grande échelle…

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