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À propos des races et du racisme


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Lassieur Pierre - samedi 24 janvier 2004


Un de mes amis, excellent quoique socialiste, m’a récemment prêté un petit livre (« L’équation du nénuphar » 3,3 euros format poche ) du fameux scientifique gauchiste Albert Jacquard, connu entre autres pour son activité à la tête des associations « Droits au Logement » et « Droits devant ». Sa notice biographique nous apprend que, durant dix ans, il a été ingénieur à la SEITA (Société des Tabacs), ce qui, apparemment, ne confère pas une autorité particulière pour donner des leçons de morale...

Quoi qu’il en soit, un chapitre est consacré à l’un des sujets majeurs de notre époque, le racisme. On va voir que, de certitudes scientifiques identiques, on peut passer à des conclusions dissemblables. En effet, les données scientifiques fournies par l’auteur ne sauraient guère être sujettes à contestation. On ne saurait s’opposer à sa définition de l’espèce, fondée sur ce fait « qu’appartiennent à la même espèce deux individus de sexe différent s’ils peuvent procréer une descendance féconde », définition qui oblige à ranger les chevaux et les ânes dans deux espèces différentes, leur descendance commune, mulets et bardots, étant stérile.

Subdivision de l’espèce chez divers animaux, la race, aux contours d’ailleurs flous, est déterminée en ce qui concerne les animaux domestiques, surtout par les desiderata des éleveurs. C’est la nécessité morale de ne pas transposer à l’espèce humaine un tel modelage qui a déconsidéré ce qu’on appelle l’eugénisme.

Cependant, on est surpris qu’à la question : « Y a-t-il des races humaines ? » la réponse de Jacquard soit « a priori, oui », alors qu’on l’attendait toute autre de la part d’un des propagandistes de l’antiracisme. Il est vrai qu’a posteriori, la réponse s’inverse : « Le concept de race ne recouvre, pour notre espèce, aucune réalité ». Qu’en est-il donc ?

Notre patrimoine héréditaire est contenu dans les gènes, qui commandent notre être physique et aussi certains aspects du psychisme. Or, notre auteur pose en principe, ou feint de croire, que, pour qu’on puisse parler de races, il faille que le patrimoine génétique des Blancs, des Noirs et des Jaunes, soit fondamentalement différent d’une race à l’autre, alors que ce qui nous unit est beaucoup plus important que ce qui nous sépare. Et, comme la procréation ne cesse de brasser les gènes, la frontière entre chaque race supposée et les deux autres est éminemment incertaine. On peut même rencontrer des individus de couleur différente qui possèdent un patrimoine génétique à peu près semblable, plus proches l’un de l’autre que de la plupart des individus de la même couleur.

Il n’empêche que globalement, une certaine distance génétique existe entre les différentes couleurs : « Si l’on représente par le nombre 100 la distance moyenne entre les diverses populations de la Terre, la distance moyenne entre populations d’une même « race » est de 92, et entre populations d’une même nation de 85 ».

Arrivés à ce point, nous sommes obligés de penser que la conclusion à tirer de données objectives est - hélas ! - bien souvent subjective. Les uns, comme Jacquard, trouveront qu’un écart de 8 % est insuffisant pour définir une race et les autres se réjouiront de voir l’existence de races humaines confortée par la génétique.

Ce n’est pas tout : même les simples nations posséderaient un patrimoine génétique plus ou moins spécifique, nous venons de le lire. Voilà un fait peu connu dont l’énoncé soulèverait des protestations, si on le trouvait sous la plume d’un partisan des idées nationales. Loin d’être déterminées par les connaissances scientifiques, dans le cas qui nous occupe, les convictions se servent de ces connaissances pour conforter une thèse préétablie. Les partisans de la nation sont satisfaits et les antiracistes aussi. Les uns ont trouvé un ciment dont ils ignoraient l’existence, les autres l’illusion d’échapper au déterminisme génétique.

Enfin, si l’on peut souscrire à la définition suivante du racisme : « Il doit être compris comme la prétention d’avoir le droit de mépriser un individu en raison de son appartenance à une collectivité », mot bien vague toutefois (les membres d’Al Qaïda, par exemple, et les Taliban ne forment-ils pas une collectivité ?), on est étonné que le mot différence apparaisse très souvent sous la plume de quelqu’un dont l’une des idées maîtresses est de gommer les différences entre hommes. Pourtant, il est désigné dans sa notice biographique comme « un fervent défenseur du droit à la différence ». Il y a là une contradiction qui est celle de toute la tendance anarcho-gauchisante. Le droit à la différence est un slogan qu’elle utilise sans se rendre compte qu’il est incompatible avec une certaine universalité. Les Noirs, les Maghrébins, les Juifs (beaucoup moins maintenant), les Bretons, les Basques et les Corses auraient ainsi droit à la différence. Est-ce parce qu’ils forment des groupes de populations (pour ne pas employer le mot race) très différentes les unes des autres ?

En France, une seule population n’a pas droit à la différence, c’est celles des Gaulois. Les populations qui viennent d’être citées possèdent-elles ce droit en raison de quelque argument scientifique ou moral ou plutôt parce que tout ce qui concourt à abaisser la France et les Français obtient ipso facto un satisfecit ?


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