Baudouin Pierre - mardi 11 janvier 2011
Il est fréquent d’entendre les hommes politiques « responsables » (entendez ceux qui sont issus de la gauche et de la droite dites « de gouvernement ») tenter de discréditer le discours « populiste » d’un laconique « La situation est beaucoup plus complexe que cela ». Ou alors, quand ils sont dans un jour de grande mansuétude, de les entendre affirmer : « X pose de bonnes questions, mais y donne des réponses simplistes ».
Certes, la situation économique, la situation politique, la situation internationale nécessitent des analyses plus fines que ce qu’en disent les discours politiques ou médiatiques.
Mais je remarque qu’on ne critique, en général, que le « simplisme » des discours « populistes ». Alors qu’il serait beaucoup plus logique de critiquer le simplisme du discours médiatique (les médias servant, en principe, à nous proposer des éléments suffisants pour une analyse fine des événements) ou du discours des politiques « de gouvernement ». Après tout, le « simplisme » des populistes a moins de conséquences…
Mais ce n’est pas le simplisme qui pose un problème dans le populisme, c’est bien le fait que les questions posées soient en rapport avec les préoccupations du peuple.
Or, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes démocratiques possibles, si on pouvait se passer du peuple. Certes, on consacre des dizaines de millions d’euros d’argent public pour commander des sondages sur tout et n’importe quoi, afin de savoir ce que pense telle catégorie de Français. Mais on ne veut surtout pas que les préoccupations du peuple transparaissent dans les médias ou dans la vie politique.
N’étant pas spécialement démagogue, je pense volontiers que le peuple n’est pas toujours en mesure de discerner les enjeux d’une question politique. Il est fort probable que, si on avait interrogé les Français au début des années 1960 à propos de la dissuasion nucléaire, ces derniers l’auraient rejetée massivement, alors que cette dissuasion (dont la capacité dissuasive s’use hélas ! bien vite depuis que Chirac a décidé d’interrompre tous les essais et qui, de toute façon, serait assez inefficace contre la menace terroriste) reste l’un des principaux attributs de notre puissance. Sans doute la seule légitimation sérieuse de notre participation permanente au conseil de sécurité de l’ONU.
Cependant, sans considérer qu’il faut consulter le peuple sur tout et n’importe quoi, je reste persuadé de deux choses.
1) Le peuple français a gardé beaucoup plus de bon sens que ses « élites » politico-médiatiques. On n’a jamais vu, par exemple, une vague de fond populaire réclamer une lutte contre un hypothétique « réchauffement global » qui consiste, dans la pratique, à nous tirer une balle dans le pied, laissant la Chine et bien d’autres pays émergents prendre la tête de l’économie mondiale, pour obtenir éventuellement qu’en 2050, la température globale de la planète n’ait monté que de 1,5° au lieu de 2 (alors que l’on ignore absolument les conséquences possibles d’une augmentation de 2 degrés !)…
2) Et, surtout, il me semble que le bon sens le plus élémentaire nécessiterait d’écouter les gens sur les compétences qu’ils ont. Autant je ne crois pas d’excellente politique d’interroger un boulanger sur nos investissements en matière de recherche scientifique, autant il me semble évident que le même boulanger est un peu plus qualifié que la plupart des politiciens pour proposer un diagnostic et des solutions sur le commerce, et même sur les vols à l’arraché, la petite délinquance et les conséquences de l’échec de l’intégration…
Bref, je ne crois pas que le vrai problème du populisme soit son « simplisme », mais plutôt son côté trop dangereusement populaire.
J’ajoute qu’à l’approche d’une nouvelle année de campagnes électorales, nous avons toutes les chances de devoir subir un assaut de simplisme et de démagogie dans lequel les populistes ne seront pas pour grand-chose.
Et j’ajoute encore que, si les élus visaient effectivement le service du peuple, ils pourraient faire campagne sur des questions simples (Que pensez-vous de l’immigration ? De notre dette publique ? De la politique familiale ?…). Et ils pourraient même proposer des principes politiques simples pour répondre à ces questions (car la politique, ce ne sont pas d’abord des mesures, mais des principes). Cela nous permettrait de trancher sérieusement entre les candidats.
Au lieu de cela, il y a fort à parier que nous aurons de la bouillie de « complexité », avec un catalogue de La Redoute de mesures démagogiques et catégorielles. Ce ne sera peut-être pas « simpliste », mais ce sera certainement nuisible !
4 commentaires - Ecrire un commentaire
|