Thieulloy (de) Guillaume - lundi 20 décembre 2010
monnaie, livres
Les éditions « Le Retour aux sources » ont eu l’excellente idée de traduire pour la première fois en français l’ouvrage fameux d’Eustace Mullins « Les Secrets de la Réserve fédérale ».
J’avoue que je ne connaissais pas cette maison d’édition, qui me semble liée à la mouvance antilibérale, sans que je puisse déterminer s’il s’agit du monde dit « alternatif » à gauche ou du monde identitaire à droite (le site internet des éditions conseille à la fois des sites comme fdesouche ou novopress à droite ou le réseau Voltaire à gauche).
Mais, après tout, peu importe, l’essentiel est que les ouvrages soient intéressants. Et, en l’occurrence, des choses, j’en ai appris en abondance en lisant « Les secrets de la Réserve fédérale » !
Comme beaucoup, j’avais entendu parler de la mythique réunion de Jekyll Island où naquit la Fed. Mais ce que j’ignorais, c’est que cette réunion avait, en réalité, permis la création d’une banque privée ayant le monopole de l’émission de la monnaie.
Je dis bien « banque privée », puisque les grandes banques d’affaires présentes à la City de Londres – qui reste la place financière la plus importante du monde, loin devant Wall Street, malgré les apparences –, sont actionnaires de la Fed. Et je dis bien « monopole ».
Grâce aux travaux des monétaristes, notamment ceux de Milton Friedmann, la plupart des observateurs considèrent aujourd’hui qu’un monopole public de l’émission monétaire est dangereux pour l’économie.
Mais on oublie trop souvent que Friedmann ne s’est pas contenté de dire que les banques centrales devaient être indépendantes des États. Il a aussi contesté qu’elles doivent recevoir un monopole d’émission de la monnaie – ou, ce qui revient au même dans la pratique, de fixation des taux d’intérêts. En d’autres termes, il me semble qu’un monopole privé est aussi dangereux, en cette matière comme en bien d’autres, qu’un monopole public !
La phrase, peut-être la plus importante du livre, est celle de l’un des pères du système financier britannique contemporain, le baron Nathan Mayer de Rotschild : « Je me fiche de savoir quelle marionnette est placée sur le trône d’Angleterre. L’homme qui contrôle la masse monétaire de la Grande-Bretagne contrôle l’Empire britannique et je contrôle la masse monétaire britannique. »
Le pouvoir financier a en effet acquis, au fil des ans, un pouvoir colossal – sans le moindre contre-pouvoir.
Et ce pouvoir, comme tous les pouvoirs monopolistiques, est extraordinairement dangereux.
Il suffit de se souvenir de la crise des subprimes, qui a réussi le tour de force de conjuguer les vices de l’État-providence et les vices de la cupidité bancaire, infectant à une rapidité déconcertante la planète entière de « produits toxiques ». Produits toxiques également appelés plus joliment « produits structurés » qui ont cette « vertu » de cacher à leurs détenteurs leurs sous-jacents dans l’économie réelle.
Ainsi chacun, jusqu’au plus petit épargnant, se réjouissait d’avoir des produits d’épargne rapportant un ou deux points de plus que la moyenne du marché… sans tenir compte du fait que cette « prime » était liée au risque de défaillance de l’emprunteur initial ! Eh bien, cette crise des subprimes n’aurait pas eu lieu si les taux d’intérêt n’avaient pas été aussi bas… et s’ils n’avaient pas été remontés aussi brutalement en 2008. La responsabilité de la Fed dans cette affaire est incontestable.
Prenons encore l’exemple plus récent de l’Irlande, où les hedge funds qui ont spéculé sur les obligations de l’État irlandais étaient, le plus souvent, des propriétés des banques… à qui les États européens et la BCE demandaient de garantir la dette irlandaise – moyennant finances instantanément réinvesties dans la spéculation des hegde funds ! Le scénario le plus absurde possible.
Il serait pourtant simple d’avoir un système financier sain. Il suffit de mettre les monnaies en concurrence (et de cesser de vanter le modèle d’une unique monnaie par pays), en rétablissant l’étalon-or et en brisant le monopole d’émission. Peut-être sera-t-il utile aussi de rappeler aux banquiers que le crédit ne peut être découplé de l’épargne. C’est tout simple, mais cela changerait tout !
426 pages – 22 €
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