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Accélérer la fin du monde


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Milliere Guy - samedi 26 juin 2004


Coup sur coup, les journalistes français ont trouvé deux films américains qu’ils peuvent aimer sans retenue. Le premier est le dernier documentaire de Michael Moore. Il a eu la palme d’or à Cannes. Ce qui est sans importance puisque la palme d’or est tombée dans le caniveau depuis des années. Il s’appelle Fahrenheit 911 comme chacun le sait désormais. J’en traiterai éventuellement quand il sortira en salles. Pour le moment, je n’ai pas eu à m’infliger le supplice de le voir. Mais ayant vu « l’œuvre » précédente de Moore, je m’attends à un déluge de mensonges, de calomnies, de falsifications des faits et de délires racistes anti-blanc occidental : tout ce qu’on aime tant de ce côté de l’Atlantique.
Le second est l’œuvre d’un allemand installé à Hollywood, mais qui déteste publiquement tout ce qui est américain, sauf les chèques rémunérateurs. Son nom est « Le jour d’après ». Il vient de sortir dans les salles. Et il remporte un grand succès. C’est normal. Il s’inscrit, lui aussi, au cœur du prêt-à-penser ambiant.
Les amateurs de grand spectacle en auront pour leur argent et pourront voir, par le biais d’effets spéciaux remarquables, la réalisation de ce que Ben Laden lui-même n’aurait osé imaginer. Ce ne sont pas quelques tours qui volent en éclat, mais toute la ville de New York. Symboliquement, la statue de la liberté est renversée et submergée, d’autres grandes villes des États-Unis connaissent elles aussi le désastre et plusieurs plans montrent, avec une délectation morbide Los Angeles disloquée, balayée, broyée.
La cause de tout cela ? Le réchauffement global, bien sûr. L’imprévoyance des hommes. L’appât du gain des capitalistes. Le cynisme myope des dirigeants politiques américains, surtout, et il n’y a pas besoin de se livrer à un travail d’interprétation très approfondi pour deviner qu’ils sont républicains, conservateurs et qu’ils ressemblent aux membres de l’administration Bush. Aux fins que nul ne risque de se tromper, l’acteur choisi pour interpréter le vice-président borné ressemble, d’ailleurs, d’assez près à Dick Cheney...
Il y a des héros positifs, bien sûr : des scientifiques clairvoyants, généreux, désintéressés, et qu’on n’a pas voulu écouter : un sans-abri clairvoyant qui peste contre les automobilistes destructeurs d’environnement tout en poussant le caddie déglingué dans lequel il entasse ses affaires ; une féministe en colère ; un intellectuel de gauche new-yorkais qui décide de sauver une Bible non pour son contenu religieux (il est athée, cela va de soi), mais parce que l’imprimerie constitue l’un des accomplissements essentiels de l’humanité, avant que celle-ci ne choisisse la folie du développement économique effréné.
Il y a même une dimension tiers-mondiste : c’est du côté du Sud, vers un Mexique pauvre, humain, et ouvert qu’affluent les Américains rescapés, et les Mexicains, c’est souligné, ne se conduisent pas vis-à-vis des Américains comme les Américains se conduisent à leur égard, en tentant d’arrêter les immigrants clandestins et de contrôler leurs frontières.
« Le jour d’après » rencontre le succès en France : c’est logique. Si l’on ajoute tous les anti-capitalistes, tous les écologistes aigris, tous ceux qui pensent que le ciel va leur tomber sur la tête, tous les ennemis de l’Amérique et de la civilisation occidentale, on arrive, hélas, à une très nette majorité. Le film rencontre le succès aussi ailleurs qu’en France, aux États-Unis en particulier, et cela me semble plus inquiétant. Nous sommes dans une époque où plus que jamais les conformismes, les rumeurs, le grand spectacle l’emportent très largement sur la connaissance et le scrupule intellectuel.
Combien, parmi ceux qui sont allés, ou vont aller, voir « Le jour d’après » en salle, vont prendre de la distance avec ce qu’ils voient et discerner la niaiserie caricaturale du « message » ? Fort peu, j’en ai peur.
Combien vont prendre le « message » pour argent comptant et sortir de la salle de cinéma en se disant que vraisemblablement la fin du monde est proche, que la planète est au bord d’une catastrophe imminente qui ne sera arrêtée que si on décrète la croissance zéro ? Beaucoup, je le crains. Beaucoup aussi reprendront le discours disant que les États-Unis polluent le monde, qu’il faut rééquilibrer les « rapports Nord-Sud », et qu’il faut d’urgence prendre des mesures coercitives planétaires pour « sauver la nature ».
Pendant ce temps, Ben Laden et ses acolytes peuvent continuer à tisser les mailles du filet. S’ils tissent le filet jusqu’au bout, la fin du monde sera vraiment proche, et des films comme « Le jour d’après » apparaîtront comme ayant accéléré la fin du monde.

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En bref
Eurotunnel
« Ce n’est pas à l’État de sauver Eurotunnel » (François Goulard, secrétaire d’État aux Transports).
Mais c’était apparemment à lui de sauver Alstom…

Sic

GUERRE D’ALGÉRIE
« Je rappelle que la France, si généreuse donneuse de leçon, n’a jamais, en
quarante ans, jugé ou condamné un
seul des militaires qui torturèrent pendant la guerre d’Algérie » (André
Glucksmann).

Antisémitisme
« Pourquoi devrions-nous oublier que la vie juive en terre d’islam a été plus clémente qu’en terre chrétienne, que la Shoah n’a pas eu lieu au Maghreb, ni en Orient ? » (Esther Benbassa).

Analphabétisme
« Seulement 20 % des Chinois sont analphabètes, ce qui ne doit pas être très éloigné de la réalité française… » (Daniel Cohen, économiste).

Déficits
« Si la France et l’Allemagne avaient eu un déficit budgétaire zéro en période de croissance, elles n’auraient pas aujourd’hui dépassé la barre des 3 % » (Gerrit Zalm, ministre des Finances des Pays-Bas depuis 1994).

Commission
« La grande majorité de l’actuelle Commission européenne est socialiste ou social-démocrate » (Hans-Gert Pöttering, président du groupe parlementaire PPE, premier groupe du Parlement européen, centre-droit).

Prisons
« La situation dans les prisons françaises, marquées par une surpopulation sans précédent, nous inspire de vives inquiétudes » (Jean-Paul Costa, juge à la Cour européenne des droits de l’homme).

Torture
« Dans les situations de type colonial, la torture est toujours pratiquée bien qu’elle ne soit naturellement pas institutionnalisée » (Gérard Chaliand).




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