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Adhésion de la Turquie et fin de l’Europe chrétienne


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Rouxel Jean - dimanche 26 décembre 2004


Le sommet européen des 16 et 17 décembre a, comme prévu, permis l’ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.
En France, cette décision s’oppose frontalement à l’opinion publique.
Rappeler à tout propos la constitution, selon laquelle le Président conduit la politique étrangère n’a aucun sens. Car cela s’entend de la répartition des tâches entre Gouvernement et Parlement et non d’une hypothétique répartition des tâches entre le Président et le peuple !
La constitution de la Ve république ne donne à Jacques Chirac aucun pouvoir pour s’émanciper de ses mandats…
Cet acharnement à intégrer la Turquie reste surprenant. On ne peut y trouver d’intérêt économique clair, puisque la Turquie appartient déjà largement à la zone de libre-échange européen.
On ne voit pas l’intérêt politique. En politique intérieure, le « oui » à la Turquie ne peut que favoriser le « non » à la constitution, contre les vœux de Chirac. Et, à terme, favoriser le rejet de l’immigration extra-européenne - tabou chiraquien par excellence. En politique étrangère, la Turquie est déjà rattachée au camp occidental par son adhésion à l’OTAN et au Conseil de l’Europe. On ne voit pas ce que rajoutera l’adhésion à l’UE.
Bref, les mobiles habituels des décisions politiques ne semblent pas avoir présidé à la décision du sommet européen.
D’autant moins que l’on a signé un chèque en blanc à la Turquie : les dirigeants européens ont déclaré le 16 leur intention de l’accepter ; et le 17, la Turquie a répondu qu’elle acceptait d’entrer, mais non à n’importe quelle condition ! Comme si la reconnaissance de Chypre n’allait pas de soi… Le Premier ministre turc vient d’inventer l’adhésion sélective à l’Union européenne !
On en vient à se demander si la seule raison n’est pas idéologique : il faut faire entrer la Turquie dans l’Union européenne pour bien montrer que celle-ci n’est pas un « club chrétien ».
Pourtant, que l’on adhère ou non au christianisme, le seul lien indiscutable entre les nations européennes réside dans leur commune filiation à Athènes, Rome et Jérusalem.
Il est à craindre que le rejet de Rome et de Jérusalem ne soit bientôt suivi de celui d’Athènes. Ne restera alors à l’Europe plus rien d’« occidental », plus rien d’européen…
Le mépris chiraquien pour la culture européenne peut éventuellement faciliter l’« intégration » de la Turquie dans l’Union, mais non dans l’Europe !

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