Milliere Guy - mercredi 04 octobre 2006
Je commence ici une série d’articles sur les mensonges les plus graves colportés, au jour le jour, par les grands médias de ce pays. Je traiterai d’abord de l’affaire al Dura, je passerai ensuite au Hezbollah libanais et à la menace djihadiste, je conclurai en revenant sur l’Irak.
D’abord, donc, l’affaire al Dura. En France, elle a quitté l’actualité depuis plusieurs années. Dans le monde arabe, elle a valeur de symbole. En Grande-Bretagne ou aux États-Unis (dans le Wall Street Journal), elle a conduit, pour le moins, à s’interroger sur le respect des règles de déontologie journalistique par la télévision française publique. En France, en dehors d’articles de la Metula News Agency (Mena) fondée par Stéphane Juffa, de l’agence Media Ratings créée par Philippe Karsenty, et de quelques mentions faites dans un livre boycotté, nul n’en a entendu parler.
Les faits sont connus : un homme et un petit garçon se trouvent pris sous le feu de l’armée israélienne. Ils tentent de se réfugier derrière un baril de béton, le long d’un mur. Le petit garçon est « tué ». Il est la « victime innocente » de la « barbarie sioniste ». Les images sont filmées par Talal Abou Rahmeh et commentées par Charles Enderlin, qui ne doute pas un seul instant de ce que son cameraman lui montre, bien qu’il n’ait pas assisté à la scène. La figure du « petit garçon mort », telle que filmée et expliquée (sur France 2) se retrouve de Gaza et de la Cisjordanie au Liban, à l’Égypte, à l’Iran. Des enquêtes suivent : l’une débouche sur un documentaire de la télévision allemande (« Trois balles et un enfant mort »), et conclut que le petit garçon n’a pu être tué par des balles israéliennes, mais a été victime de tirs palestiniens. Une autre (celle de la Mena) conclut, elle, démonstrations rigoureuses à l’appui, que tout cela n’a été qu’une odieuse mise en scène. Les téléspectateurs français n’ont pu voir ni le documentaire allemand ni celui de la Mena. Aucun débat n’a pu avoir lieu sur la question. Pour l’avoir dit, et pour avoir mis en doute la version officielle de France 2, Media Ratings s’est vu accuser de diffamation. La plainte a été instruite et a fait l’objet d’un procès qui vient d’avoir lieu à Paris. Quels sont les faits ?
Tous les éléments - le reportage original, le documentaire allemand et le documentaire de la Mena - sont évoqués précisément ou montrés au tribunal, ainsi que des reportages ultérieurs réalisés par l’équipe de Charles Enderlin. Philippe Karsenty expose à la cour les raisons exactes qui lui permettent d’affirmer que la version de la « mort » du petit garçon n’est pas plausible : « pas de traces de sang, le petit garçon bouge et change de position après sa mort supposée ». Il évoque des journalistes dissuadés par des pressions, amicales bien sûr, de traiter ce sujet. Francis Balle, ancien membre du CSA, vient témoigner, et dit que France 2 devrait permettre, au nom de la liberté de l’information, le visionnage de l’intégralité des 27 minutes de rushes originaux. Il s’interroge sur les raisons pour lesquelles France 2 a refusé de mettre en cause sa « version officielle ».
Luc Rosenzweig, ancien journaliste au « Monde », explique qu’il a enquêté : « Ma conviction est que l’incident n’a correspondu en rien avec ce qui a été décrit » (dans le reportage de France 2). Richard Landes, professeur à l’Université de Boston, a vu les 27 minutes de rushes. Son verdict : « il existe 95 % de chances que ce soit une mise en scène ». Suit Gérard Huber, auteur d’un livre sur le sujet, plus catégorique encore. Vient la plaidoirie de l’avocate de France 2 : rien de précis ou de factuel. En guise d’arguments, outre des attaques personnelles et gratuites contre ceux qui sont venus déposer, des propos du genre : Charles Enderlin est au-dessus de tout soupçon, dire le contraire est porter atteinte à l’honneur de France 2. Plutôt que d’apporter des preuves (qu’elle n’a visiblement pas), elle montre des lettres de Jacques Chirac et d’autres, disant qu’Enderlin est un grand homme.
Le procureur parle enfin, évoque la nécessité de « faits vérifiables » pour que le travail de journaliste soit digne de ce nom. Le travail de Philippe Karsenty, ajoute-t-elle, est sérieux, et « le public devrait être enfin pleinement informé ». Il faut s’en tenir aux « faits vérifiables ». Présenter comme de l’information ce qui n’en est pas, est une pratique connue des régimes non-démocratiques.
(Source de l'image : http://www.debriefing.org/0193.html )
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