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Affaire Clearstream : la politique sordide


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Baudouin Pierre - mercredi 03 mai 2006


Le sommet de l’État vacille pour cause «d’affaire Clearstream». De quoi s’agit-il ? On se souvient que, depuis des années, les juges enquêtent sur des ventes de frégates à Taïwan. Or, depuis l’été 2004, la presse fait état de blanchiment de commission occultes sur des comptes de la société Clearstream.

Cleastream est une société luxembourgeoise, au fonctionnement de laquelle s’est intéressé au début des années 2000 un journaliste de «Libération», Denis Robert. C’est une chambre de compensation, c’est-à-dire une sorte de banque des banques : quand une banque négocie des actions, au lieu de s’adresser directement à la société dont ces actions constituent le capital, elle s’adresse à Clearstream, qui fait ainsi l’intermédiaire entre vendeurs et acheteurs.

Mais si ce type de société facilite la «fluidité» des marchés boursiers, il facilite aussi, selon Denis Robert, la corruption. Car le journaliste prétend avoir la preuve que des particuliers détiennent des comptes dans cette société. On voit immédiatement l’intérêt de ces comptes : il devient possible à n’importe qui de blanchir de l’argent en le noyant dans la masse des opérations boursières mondiales.

Ceci constitue la première affaire Clearstream. Est-elle sérieuse ou non ? Ce qui est sûr, c’est que la justice n’a rien prouvé. J’ajoute qu’il me semble bien compliqué de travailler ainsi, quand il est si simple de s’offrir une banque dans un paradis fiscal, et surtout bancaire, et que, par conséquent, à supposer que cette première affaire Clearstream soit fondée, elle ne doit représenter qu’une petite partie de la corruption internationale…

Sarkozy et Villepin

Survient là-dessus la deuxième «affaire Clearstream», celle dont les médias nous parlent depuis quelques semaines. Cette deuxième affaire a l’avantage de camoufler la première.

Elle a aussi, et surtout, pour les médias l’avantage de concerner la politique : Nicolas Sarkozy, ainsi que quelques autres hommes politiques (Strauss-Kahn, Chevènement, Madelin, Patrick Gaubert, notamment), est accusé d’avoir été titulaire de comptes chez Clearstream, autant dire d’avoir blanchi de l’argent pour son propre compte…

Cette accusation repose sur une dénonciation anonyme. Car les lettres anonymes, malgré leurs relents d’Occupation, restent monnaie courante en France, notamment dans les dossiers fiscaux et politico-financiers. En tout cas, la justice française continue d’en faire grand cas, ce qui ne contribue certainement à assainir le détestable climat de la ve République finissante !
Naturellement, très rapidement, il s’est avéré que cette information était «bidonnée». D’ailleurs, on imagine mal Nicolas Paul Stéphane Sarkozy de Nagy-Bocsa se cacher sous des pseudonymes aussi transparents que Paul de Nagy ou Stéphane Bocsa. Même ses adversaires s’accordent à dire que Nicolas Sarkozy n’est pas un imbécile…

Moyennant quoi, le ministre des Affaires étrangères à la fin 2003, Dominique de Villepin, a commandité une enquête des services spéciaux sur cette affaire, tandis que le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, n’en était pas même averti. Pourquoi le ministre des Affaires étrangères ? Mystère. Toujours est-il que l’enquête blanchit Sarkozy, toujours sans qu’il en soit averti. Et que, par conséquent, il revient place Beauvau passablement énervé, exigeant des explications.
Nous en sommes là, sachant que le chef du gouvernement n’est pas en bonne posture. Que peut-il, dès lors, se passer ? Soit rien (c’est-à-dire un discret accord à l’amiable entre Sarkozy et Villepin). Soit une démission de Sarkozy. Soit une démission de Villepin. Pour ces deux démissions, force est de constater que les intéressés ont déjà beaucoup attendu et qu’on ne voit pas bien ce qui pourrait aujourd’hui les décider. Mais la colère gronde au groupe UMP et les députés ne feront plus de cadeau à Villepin…
En tout cas, l’affaire Clearstream nous offre, sur le vif, une tranche de la vie politique française. Et ce n’est pas joli à voir !
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Dans sa collection «Bibliothèque classique de la liberté», Alain Laurent vient de publier «Écrits politiques» de Thomas Jefferson, dont plusieurs sont pour la première fois traduits en français.
Il s’agit d’une trentaine de textes souvent assez courts, qui sont presque toujours des modèles de discours ou  de lettres, dans le style limpide du premier des Pères fondateurs de la démocratie américaine…

 


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