Chataigner Frédéric - samedi 01 mai 2004
Le 21 mars 2004, France 2 a rediffusé l’émission « Faîtes entrer l’accusé » intitulée « Richard Roman, le procès d’un innocent », du nom de cet ingénieur agronome acquitté, le 17 décembre 1992, par la cour d’assises de l’Isère, du viol et du meurtre de la petite Céline Jourdan, 7 ans, perpétré le 26 juillet 1988 à La Motte du Caire (Alpes-de-Haute-Provence) tandis que son coaccusé, l’ouvrier agricole Didier Gentil, était condamné à la prison à vie avec une peine de sûreté de 28 ans.
Le titre du film est déjà discutable, car l’acquittement n’avait pas dissipé, loin s’en faut, tous les soupçons qui pesaient sur Roman. Mais venons-en à la thèse défendue ici sans ambiguïté : « l’Indien », ce bon berger qui élevait des chèvres dans la montagne, dormait dans un tipi et marchait pieds nus, fut victime d’un lynchage organisé par les « beaufs » de La Motte du Caire (circonstances aggravantes pour nos « droits-de-l’hommistes » de la deuxième chaîne : ils souhaitaient le rétablissement de la peine de mort !) des gendarmes gestapistes - le brigadier Ramette, chef de la gendarmerie locale en tête - et un procureur haineux, Paul Weisbuch.
Un beau roman, c’est le cas de le dire ! Peu importe que l’intéressé - qu’on imagine mal avec son QI de 130 raconter n’importe quoi sous influence - ait avoué le crime après 4 heures de garde à vue seulement ; qu’au cours de celle-ci, il ait déclaré au psychiatre chargé de l’examiner : « Quand on a vu la fille nue, on a perdu la tête » ; pas un mot, enfin, des nombreuses lettres anonymes reçues en prison par Didier Gentil - un enfant de la DDASS doublé d’un débile mental autrement plus influençable que Roman - lui demandant d’innocenter son coaccusé.
Mais au fait, qu’est devenu notre berger bohème après son acquittement ? Réponse de nos confrères de l’Institut d’Études de la Désinformation : « Des policiers interpelleront, au printemps 93, Richard Roman errant, tenant des propos incohérents, à côté de l’Institut du monde arabe, à Paris. Le psychiatre qui l’examinera, sans connaître son identité, réclamera immédiatement son internement, considérant l’individu comme dangereux. Mais cela n’empêche pas de dormir ceux qui ont transformé le procès de Grenoble en une mascarade ».
Cela n’empêche pas de dormir non plus nos « justiciers » de France 2, qui, via cette émission, ont pris la suite de la presse et de l’intelligentsia (dont Joël Roman, le frère de l’accusé, directeur de la revue catholique de gauche « Esprit ») qui avaient pris fait et cause pour « l’Indien » à l’époque. Celles-ci répondent toujours présentes quand il s’agit de défendre des personnages douteux, et ça, nous le savions déjà ; mais le fait qu’elles disposent de relais au sein même de la Télévision française ne lasse pas de nous inquiéter !
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