Rondeau Jean-Pierre - mercredi 23 février 2011
Une nouvelle affaire qui va ruiner ou tout au moins appauvrir quelques milliers d’épargnants français me fait réagir. Un particulier, Jean-Jacques DEFAIX, 63 ans, ex aviculteur, détestant les banques, puisqu’il pense que l’une d’entre elles l’a ruiné, les poursuit de sa hargne depuis plusieurs années. C’est ainsi qu’il était connu jusqu’à ce jour pour avoir monté en 2002 une association d'aide contre les abus bancaires (AACAB). Elle réunit 8000 adhérents et a souvent eu les honneurs de la Presse pour des actions qu’il ne m’appartient pas ici de juger, mais certainement sincères et parfois efficaces. Sa détestation des banques l’a conduit à se dire qu’il était capable de les concurrencer, et pourquoi pas de leur enlever « le pain de la bouche », en créant un "établissement" qui faciliterait le crédit aux très petites PME, en se servant pour cela de la très légale loi qui a créé les coopératives dites de croissance.
Il s’est constitué un réseau de conseillers indépendants qu’il a convaincus du bien fondé de son opération et qui, à leur tour, ont convaincu chacun quelques clients d’investir, la Presse lui assurant une certaine publicité. Ces clients, souvent bretons mais il y en a jusque dans le Sud Est, particuliers mais aussi entreprises, se comptent aujourd’hui au nombre de 3000.
D’après les enquêteurs, il n’y aurait pas eu de "magouille". Ce n’est donc pas la nouvelle affaire MADOFF. Il semble que l’auteur ne soit pas enrichi. Plus de 40% des 34 millions d’Euros récoltés ont été saisis, ce qui prouve qu’aucune évasion financière n’était préparée. Il semble d’ailleurs que les moins de 60% de fonds disparus aient bien été investis dans des PME, comme il en allait de l’objet de la coopérative, à l’exception d’une somme de 6,3 milliards virée en Chine, pour être investie.
L’affaire aurait pu continuer si, pour se refaire des premières difficultés, Jean-Jacques DEFAIX n’avait pas lui-même peut-être été abusé en investissant ces 6,3 millions d’euros dans un complexe touristique de luxe chinois pour les … chinois. J’ai toujours pensé que MADOFF n’avait pas monté un système de PONZI dès le départ, mais que c’était pour se donner le temps de se refaire de pertes spéculatives importantes avant de perdre définitivement la face auprès de ses amis les plus proches (dont les organisations caritatives de sa communauté) qu’il s’était servi des fonds des uns pour rembourser les autres. Dans les deux cas, le syndrome du joueur perdant au casino. Toujours est-il que dans le cas breton, c’est quand des fonds importants ont été virés en Chine que le CREDIT MUTUEL a alerté TRACFIN, cet organisme dupliqué de l’étranger qui avait pour mission de traquer l’argent de la drogue et du terrorisme, mais qui maintenant suit tous les mouvements suspects, même les plus petits chez les particuliers, œil "orwellien" devenu à but de contrôle fiscal.
Alors où se situe donc le crime ? Amateurisme, incompétence, les dossiers de crédits aux PME étaient faits sans ces questionnements, études, précautions et garanties dont nos banquiers sont si friands, mais dont il faut reconnaître que les dossiers structurés ont mieux protégé les banques françaises. Les propres bénéficiaires, dirigeants des PME emprunteuses, s’étonnaient eux-mêmes de la facilité à obtenir ces crédits ! Ils recevaient l’argent (150000€, par exemple) sans qu’aucun contrat n’ait encore été signé ! Faut dire qu’ils découvraient seulement après que le taux de crédit était parfois de … 20% !
Jean-Jacques Defaix est désormais « inculpé d'abus de biens sociaux, abus de confiance et escroquerie en bande organisée ». Dix-sept entreprises vont certainement être mises en liquidation par le TGI de Quimper comme l’est déjà l'Association des coopératives des petites entreprises (ACPE) qui les regroupait.
Au départ, l'idée de Jean-Jacques Defaix était intéressante : collecter des fonds pour les prêter à des entreprises peu suivies par leurs banquiers. Les clients qui fournissaient les fonds étaient alléchés par des promesses de rendement de 6%, ce qui paraissait tenir debout, si on considère que de telles entreprises, qui n’ont que très difficilement les moyens d’emprunter, sont prêtes à payer des taux de 10% (ce qui laissait une marge), et même des taux usuraires plus importants. On peut un peu plus s’étonner de ces conseillers financiers qui ont relayé ce « produit » sans vérifier quelles étaient les compétences de la coopérative et de son dirigeant, ses moyens pour assurer ce "métier de banquier". Mon statut de président d’une des six associations de Conseils en Investissements Financiers (CIF) agréées par l’Autorité des Marchés m’a permis pourtant de vérifier que dans ce dossier étaient impliqués des confrères de bonne foi, certains de grande expérience des marchés boursiers ayant même déjà remboursés leurs clients et/ou ayant investis à titre personnel.
Alors qui est le principal coupable ? L’Etat.
Préalablement, c’est quoi une coopérative de croissance ? C’est un moyen d’investir dans de petites sociétés commerciales non cotées en bourse en vue d’obtenir une réductionfiscale (comme les FIP, FCPI, FCPR, Holding). Les investisseurs mettent en commun des capitaux pour investir dans plusieurs très petites PME ayant besoin de financement. Les risques sont donc mutualisés par la multiplicité des entreprises aidées. Les capitaux sont bloqués pendant une période de 5 ans. Interviennent d’autres détails techniques peu utiles ici, mais l’objectif est de sauver l’entreprise en maintenant les emplois et en lui permettant de se développer.
La phrase est dite ! Celle qui permet d’escroquer tous les jours des milliers d’Epargnants. « Sauver les emplois ! ». Disons le tout de suite, il existe d’excellents produits de défiscalisation et d’excellents conseillers. Mais pour combien de produits pourris et proposés par combien de faux conseillers en gestion de patrimoine ? Les Scellier après les Robien alors que l’on sait que la bulle immobilière subsiste en grande partie en raison de ces muletas agitées au nez des Français plus sensibles à une diminution d’impôt qu’à la qualité de leur investissement, dont le surprix est souvent supérieur au gain fiscal. Scandales de certains produits DOM-TOM dits GIRARDINS, immobiliers ou industriels, maintenus sous la pression de quelques potentats locaux, élus des partis au pouvoir. Il y a déjà trente ans des médecins achetaient des bateaux qui ne navigueraient jamais et des chambres d’hôtel en surnombre par rapport aux vols de destination, et précédemment des wagons, des conteneurs et baraques de chantiers, des parts de vaches, des GFA et GFF, des anneaux de ports (bonne opération), etc. FCPI, FIP et FCPR dont les acheteurs ne savent pas qu’à l’échéance fiscale ils mettront des années à récupérer leurs fonds. DEMESSINE pour le tourisme et autres amusettes. Tous ces placements sont partis d’une bonne idée et sont parfois une bonne opération pour les premiers investisseurs, mais se trouvent vite dévoyés, car ils deviennent concurrentiels (n’importe qui et plutôt des aigrefins se lançant sur le marché), manquent de réalité économique, voire de matériau (de foncier par ex.)
S’il me fallait prouver cette complicité de nos Dirigeants et même leur activisme, il me suffirait de rappeler cette émission de Capital sur la 6, au cours de laquelle le responsable des Scellier à Bercy, poussé dans ses retranchements par la journaliste, qui lui avait cité tous les dysfonctionnements et la ruine de petits épargnants qu’il reconnaissait, finissait par répondre : « Mais Madame, en 2008, nous étions dans la crise de l’Immobilier, il fallait bien sauver les emplois » ! C’est ce même activisme de l’Etat qui pousse les épargnants les plus âgés et les plus prudents à investir sans discernement en actions, souvent sans le comprendre, par des promesses de réductions de prélèvements sociaux (Fourgous et projets en cours) trahies sans vergogne par le même Etat, par la suite (2010 et 2011). Bien sûr, « sauver les emplois » peut paraître noble, sauf qu’il s’agit d’utiliser la naïveté des épargnants au risque de les ruiner pour améliorer ces "beaux" chiffres du chômage qui permettent d’être réélus. Pendant vingt ans, en France comme dans le Monde, on a vécu à crédit pour « sauver les emplois » de l’Immobilier et de la Finance, avec la réussite que l’on sait en 2008. C’est toujours ce même activisme de l’Etat qui pousse des promoteurs de produits à en créer toujours plus sans discernement et à recruteurs des réseaux de commerciaux non formés techniquement et déontologiquement.
Nous sommes, nous, les Conseils en Gestion de Patrimoine Indépendants submergés de législations prétendues « protéger le consommateur » mais surtout destinées à protéger nos dirigeants (principe de précaution). Contraintes qui nous feront disparaître au profit des conseillers des réseaux bancaires et d’assurance, dont les salariés ne subissent aucune de nos obligations ou s’en dispensent (formations, expérience, contrôles, …). C’est encore pire pour les réseaux de démarcheurs en défiscalisation. Au prétexte de protéger les Epargnants, nous disparaitrons alors que nous les avons fait bénéficier de la multi gestion que nous avons importée en France et (ne pas investir dans les seuls produits maison). Nous leur avons aussi offert un conseiller indépendant, durable et disponible. Nous nous sommes formés, structurés, contrôlés et, cette affaire le prouve, nous nous devons de continuer. Mais on peut se demander pourquoi Madame LAGARDE refuse de règlementer, à l’incitation des banques, notre métier de conseil en gestion de patrimoine au prétexte qu’il n’existe pas, autorisant n’importe quel démarcheur de réseau de vente à vous appeler le samedi matin pour vous proposer une « étude patrimoniale » qui est une démonstration "entonnoir" destinée à vous vendre le produit de défiscalisation maison.
Simple question : comment une personne aussi incompétente en matière financière, aussi peu structurée, avait-elle la possibilité de recueillir des fonds sans contrôle de l’Administration alors même qu’elle offrait un avantage fiscal censé être contrôlé par le même ministère qui fait la Loi de Sécurité financière et qui accorde l’avantage fiscal ? Actuellement, et pour ne parler que d’elles, deux affaires courent la France. La première est un produit proposé par un personnage qui a déjà eu affaire à la justice et dont nous sommes certains à penser qu’il s’agit du prochain Ponzi. La seconde est la simple existence d’un réseau de vente pyramidale qui touchera la clientèle la plus modeste.
Jean-Pierre RONDEAU
MEGARA Finance
2 commentaires - Ecrire un commentaire
|