Arvis Christophe - mardi 23 mars 2004
Le premier et sinistre bilan que nous pouvons tirer des événements récents en Espagne est que le véritable vainqueur des élections législatives - pourtant démocratiques - n’est sans doute pas le PSOE, mais bel et bien le mouvement terroriste Al-Kaïda. Une simple action meurtrière aura suffit pour bouleverser en quelques jours - voire quelques heures - la vie politique et la société espagnoles.
Par une seule action terroriste le mouvement islamiste de Ben Laden aura atteint tous ses objectifs : tuer quasi simultanément un nombre important de victimes civiles ; traumatiser toute une opinion publique ; déstabiliser la vie démocratique ; destituer un des « impies » qui s’est fourvoyé en soutenant l’intervention du « grand Satan » en Irak ; arriver à un retrait rapide des troupes espagnoles en Irak ; créer une brèche irréversible dans la coalition élaborée par la stratégie américaine ; secouer tous les pays européens et surtout tous ceux qui ont participé à la guerre contre le régime baassiste ; ébranler encore plus George W. Bush à l’approche des élections présidentielles américaines.
Le nouveau premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a annoncé une première mesure qui sonne symboliquement comme une capitulation sans conditions, que : « les troupes espagnoles déployées en Irak vont rentrer à la maison ».
Les néo-conservateurs avaient imaginé un tout autre scénario : celui d’un monde arabo- musulman pacifié, faisant la découverte de son propre « siècle des Lumières » grâce à un effet de levier stratégique important : un Irak faisant l’expérience de la démocratie, de la liberté d’expression et d’association, et d’une prospérité économique retrouvée. Première pièce d’un jeu de dominos politique, l’Irak devait ouvrir la voie à ses voisins et surtout aux opinions publiques arabes prises entre l’autoritarisme de leurs régimes et le fondamentalisme qui germe sur le mécontentement populaire.
Cette idée, cette utopie, supposait une politique convergente des nations démocratiques. Or désormais, un des acteurs majeurs de cette politique va faire défaut.
On peut même craindre un scénario inverse. Un jeu de dominos aux mains des terroristes où l’Espagne ne serait que la première pièce sur la scène européenne. La redoutable efficacité de la tentative de déstabilisation de l’Espagne ne peut que conforter ses auteurs pour la suite, tant ils ont bien perçu toutes les failles et les faiblesses des démocraties.
Les soldats d’Allah peuvent ainsi s’imaginer que toutes les autres pièces de l’Occident décadent tomberont comme la première, par les mêmes moyens utilisés à Madrid ou tout simplement par les réactions politiques qui, sous les pressions populaires, veilleront à ne plus intervenir sur la terre d’Islam, à faire profil bas devant les groupes terroristes et les États qui les soutiennent, de peur de réveiller à nouveau la haine des soldats de la terreur. Et les gouvernements apeurés chanteront alors à mi-voix une comptine pour enfants pour se rassurer et pour ne pas réveiller le dragon que l’on croit endormi.
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