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Alain Juppé : un étrange démocrate


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Lassieur Pierre - mercredi 18 mai 2011

juppe, le-pen
Après une éclipse d’une quinzaine d’années, Alain Juppé est revenu au ministère des Affaires étrangères, qu’il avait dirigé sous Balladur de 1993 à 1995. On le couvre de fleurs, on le submerge de compliments, on le juge capable de faire oublier les bévues d’Alliot-Marie et l’insignifiance de Kouchner. On murmure même qu’il ferait ombrage au Premier ministre et qu’au cas (improbable) où Sarkozy, plombé par les sondages, ne se représenterait pas, ce serait lui…

Le voilà donc redevenu « le meilleur d’entre nous », comme disait étourdiment Chirac, incapable de se rendre compte qu’il n’était pas difficile de se montrer moins mauvais que lui.

Malheureusement, si Juppé a laissé un bon souvenir en tant que ministre des Affaires étrangères, on oublie que, du printemps 1995 (élection de Chirac à la présidence) au printemps 1997 (désastreuse dissolution de l’Assemblée nationale), il a été un exécrable Premier ministre.
On garde de cette époque le souvenir des grandes grèves de l’automne 1995 et de sa maladroite expression « droit dans mes bottes », alors qu’il allait finalement céder aux manifestations populaires.

Toutefois, c’est un autre épisode, beaucoup moins connu, qui justifie cet article. À l’occasion d’une journée contre la violence, il s’était rendu, le 19 septembre 1996, à Montpel­lier où, pour sa venue, on avait réuni, au Centre régional de documentation pédagogique, 300 élèves de plusieurs lycées.
On considère, à juste titre, que les controverses politiques ou religieuses doivent cesser à la porte des écoles. Que les professeurs essayent d’endoctriner leurs élèves n’est donc pas admissible.
Et un Premier ministre, donc !
Or, au lieu de prononcer une sorte de conférence d’instruction civique dont les élèves avaient bien besoin, il avait manifesté de la haine pour un parti politique légalement constitué, qui avait comme point le plus important de son programme la lutte contre l’immigration.

Pourtant, les semaines précédentes, il avait dû faire face à une révolte de clandestins, qui avaient durablement occupé à Paris l’église Saint-Bernard. Il était donc inconséquent et, en outre, il avait oublié qu’il était le Premier ministre et qu’il s’adressait à des enfants.

Il avait accusé ce parti, le FN, qui prétendait défendre la France, de faire appel « aux sentiments les plus abjects de l’âme humaine ». Il avait qualifié son chef de « profondément, presque viscéralement, raciste, antisémite et xénophobe ». Et il avait affirmé : « Moi, personnellement, je le combats. Depuis les années 80, ma position vis-à-vis de lui n’a pas varié : il y a une incompatibilité totale entre mes convictions et les idées qu’il véhicule. Toute forme non seulement d’accord politique, mais d’indulgence ou de complaisance à l’égard de son parti est étrangère aux positions que j’ai prises. »
Ce n’était plus une conférence, mais un règlement de comptes personnel, dont les élèves étaient incroyablement pris comme témoins. C’était incon­venant. Certes, cela pouvait s’expliquer par le désir d’Alain Juppé d’étouffer les clameurs qui s’étaient élevées à gauche lorsqu’il avait fait forcer à coups de hache l’entrée de l’église où les clandestins s’étaient retranchés. Cela ne change rien au fait que la quasi totalité de ses auditeurs n’avaient pas encore l’âge de voter.

Huit mois plus tard, quand Chirac aurait dissous l’Assem­blée nationale dans l’espoir de donner un nouveau lustre à son Premier ministre, très impopulaire, leurs partisans allaient s’indigner que les candidats du FN qui le pouvaient, se soient maintenus au deuxième tour des élections législatives et aient ainsi provoqué la défaite de la droite modérée.
Attention ! À force de mépriser, d’écarter et d’insulter les partisans de la France française, en 2012 Sarkozy, Fillon et Juppé pourraient subir une défaite analogue à celle de 1997

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