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Alexandre Soljénitsyne : ni totalitarisme, ni relativisme


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 18 mars 2009

communisme, livres
Alexandre Soljénitsyne : En finir avec l'idéologie Daniel MahoneyVoici quelques mois, à l’occasion de la mort de Soljénitsyne, j’avais eu l’occasion de lui rendre hommage dans ces colonnes. J’ignorais alors qu’allait paraître un très bel ouvrage sur l’oeuvre du grand écrivain russe. Et cet ouvrage me donne le plaisir à la fois de redire mon admiration pour le dissident et de joindre à l’éloge l’auteur de l’ouvrage : Daniel Mahoney.

J’ai eu l’occasion d’apprécier le talent, l’érudition et la gentillesse de cet excellent historien des idées politiques américain, au cours d’un colloque (assez modérément bolchevique, je dois l’avouer !) auquel nous participions tous deux. En outre, très bon connaisseur et ami de la France, ce qui n’est pas si rare dans l’élite intellectuelle américaine, mais qui ne gâche rien.

Daniel Mahoney, donc, vient de publier en français une réflexion sur l’oeuvre de Soljénitsyne, sous-titrée : « En finir avec l’idéologie ». La raison de cet ouvrage était de répondre à une accusation fréquente. Depuis le discours de Harvard, à la fin des années 1970, la majeure partie de l’intelligentsia occidentale a décidé une fois pour toutes que Soljénistyne était un tsariste forcené, un orthodoxe obscurantiste et un antisémite indécrottable.
On voulait bien l’entendre encore sur l’enfer concentrationnaire du goulag.  On refusait de l’entendre sur l’avenir de la Russie. Et, plus encore, sur l’Occident lui-même.

Daniel Mahoney reprend donc les derniers ouvrages du prix Nobel pour montrer qu’on aurait tort de souscrire sans autre forme de procès à ces accusations et surtout qu’on aurait tort de se satisfaire de ces griefs pour se dispenser de lire les derniers livres de Soljénistyne.
Nous avons alors droit à une passionnante enquête dans « Comment réamanéger notre Russie »,  le cycle de la « Roue rouge » ou encore « Deux siècles ensemble » – livres trop peu connus que Dan Mahoney nous donne envie de lire ou de relire.

Au terme de l’enquête apparaît une évidence : Soljénitsyne n’envisage nullement un retour à l’autocratie, une restauration du servage, que sais-je encore ?
Il défend simplement une voie russe d’appréhension de la modernité. Et, nous Français, qui à bien des égards sommes si proches des Russes (avec qui nous partageons une lourde responsabilité en matière de fanatisme révolutionnaire), aurions intérêt à étudier cette voie avec soin.

En gros, dans la fidélité à une très grande tradition intellectuelle occidentale, d’Aristote à Tocqueville, en passant par Burke, Soljénitsyne lutte contre le moloch étatiste, sans vouloir céder le patrimoine national aux prédateurs oligarques.

Peu de temps après la mort de l’écrivain, la crise est venue assez largement lui donner raison.
Oui, sous couvert de liberté du marché, il est possible de constituer des monopoles irresponsables et dangereux pour les libertés – de même que, sous couvert de protection de l’État, il était possible non seulement d’étouffer les libertés, mais aussi de négliger les plus élémentaires besoins des malheureux.

Soljénistyne ne s’oppose donc pas à l’économie de marché en tant que telle ; il considère au contraire qu’elle est l’unique chemin viable à l’heure actuelle. Mais il réclame que celle-ci fasse droit aux besoins de la nation et que d’anciens officiers du KGB ne soient pas habilités à dépecer vivant le corps de la Russie.

Pour résister à ces prédateurs, il propose un recours au « self-government », c’est-à-dire aux libertés communales de Tocqueville :
une large autonomie de petites communautés à taille humaine, assurant ainsi les libertés et la prospérité.
S’il n’est pas un rétrograde, Soljénitsyne ne consent pas pour autant à tout recevoir de la modernité. En particulier, dans ses dernières oeuvres, Dan Mahoney relève (sans en paraître particulièrement choqué !) bien des critiques à l’égard des « Lumières » du XVIIIe siècle, en particulier à l’égard de leur matérialisme, mais aussi bien des critiques à l’égard du relativisme de notre âge post-idéologique.

Comme lui, je suis persuadé que ce relativisme est aussi lourd de menaces que l’était en son temps le socialisme russe ou le racisme allemand.

Refusant de distinguer le bien du mal, cette modernité radicale ou hypercritique, nouvelle forme du totalitarisme, sous prétexte de nous « libérer », nous aliène dangereusement…

Nous devons une nouvelle reconnaissance à Soljénitsyne pour nous en avoir avertis

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