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Alter-mondialistes : qu’ils aillent donc en Nouvelle-Zélande !


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Dumait Alain - samedi 22 novembre 2003


Chaque jour, les développements de l’informatique, du réseau Internet ou de la téléphonie mobile, pour ne prendre que ces exemples-là, nous indiquent, même intuitivement, que la mondialisation, parce qu’elle est avant tout d’ordre technologique, a quelque chose d’inévitable et d’incontournable.

Comme toutes les révolutions économiques, celle de la mondialisation aura ses gagnants et ses perdants. Et il ne suffit certainement pas d’ouvrir ses frontières à tout va pour être certain d’être parmi les bénéficiaires. Encore faut-il mener une bonne politique générale, avoir une bonne gestion des finances publiques, avec des prélèvements obligatoires modérés et un environnement aussi favorable que possible aux entreprises, vecteurs incontournables de la prospérité, non seulement les grands groupes, si décriés et si choyés, mais encore et surtout, les PME, les artisans, les entrepreneurs sans grade et si peu reconnus.

Du point de vue des dirigeants, il est peut-être judicieux de résister à la mondialisation plutôt que de s’ouvrir à elle si, parallèlement, on prétend conserver un modèle politique de type autarcique ou simplement de type social-dirigiste (un peu comme le modèle français)… Mais cette résistance est vaine car - comme l’a bien montré Alain Madelin samedi dernier, à l’occasion de son colloque judicieusement dénommé « Les quatre vérités de la mondialisation » - celle-ci n’est pas seulement technique ni même économique : par le biais de la communication, elle est aussi politique, elle véhicule une certaine idée des droits de l’homme, lesquels, pour ceux qui en sont encore privés, sont avant tout de l’ordre individuel.

Si la mondialisation est irrépressible, qu’elle peut bien être la signification d’un mouvement anti-mondialisation, même dénommé pudiquement alter-mondialisation ?

Ce n’est certainement pas le cirque du Forum social européen (FSE) organisé pendant trois jours par des mairies communistes de la banlieue parisienne, soutenues par la mairie socialiste de Paris (ainsi que par le Président de la République, en sous-main), qui permet d’apporter une réponse à cette question. La confusion des débats relevait plutôt du happening soixante-huitard. D’ailleurs, la réunion n’a pas eu le succès attendu par ses organisateurs. Ils n’étaient, samedi, que 50 000 sur le pavé parisien, loin des 500 000 rassemblés à Florence un an plus tôt. D’où le caractère limité des violences observées, comme toujours quand les soi-disant pacifistes occupent la rue…

Pour ce qui est de sa récupération, le mouvement alter-mondialiste, si hétéroclite, recouvre largement le magma politique anti-capitaliste, donc anti-libéral, donc anti-américain. C’est la vieille lutte des classes à l’échelle du globe. Où le paysan du Nordeste brésilien a remplacé le métallo ou le mineur de fond.

Avec le même manichéisme : de même que ce qui était mauvais pour le patron était forcément bon pour l’ouvrier, de même ce qui est mauvais pour l’Amérique ou pour Coca-Cola serait forcément bon pour quelqu’un d’autre. Pour qui ? À écouter les alter-mondialistes, ce serait aussi bien les éleveurs du Larzac que les trimeurs du Bengale. Mais c’est évidemment faux et c’est là où l’on touche du doigt l’erreur ou le mensonge sur lequel repose ce soi-disant mouvement mondial.

La seule revendication qui soit commune à l’ensemble de l’humanité, depuis toujours, est celle du progrès, qui prend la forme concrète pour chaque individu de l’amélioration de son niveau de vie. L’histoire nous enseigne qu’il n’y a pas de prospérité sans liberté. La mondialisation est un accélérateur de ce mouvement.

Pour le comprendre encore faut-il avoir quelques notions minimums d’économie politique. Savoir que les richesses ne tombent pas du ciel mais sont toutes créées par le travail et l’esprit des hommes. Qu’avant de les redistribuer, il faut les produire. Et que, pour l’emporter dans la compétition, sans laquelle il n’y a pas de progrès, il faut sans cesse remettre en cause son organisation. Sinon, pas de croissance (n’est-ce pas Jean-Pierre Raffarin ?).

Quand j’entends Dominique Voynet, en tournée de promotion à l’occasion de la publication d’un livre, déclarer incidemment « la croissance ne m’intéresse pas », je comprends tout. Les fondements nihilistes du mouvement alter-mondialisation m’apparaissent en pleine lumière.

Et je pense à ces paysans néo-zélandais qui, il y a vingt ans, ont eu à subir une nouvelle politique agricole mise en œuvre par un gouvernement socialiste tendant à supprimer, assez brutalement, toutes subventions pour leurs productions. « Ce fut comme un pansement qu’on arrachait », déclare un représentant du syndicat des fermiers néo-zélandais. Aujourd’hui, la Nouvelle-Zélande exporte 90 % de sa production agricole. Ses agneaux sont plus gros. Ses vaches plus productives. Ses brebis plus fertiles. On conçoit qu’ils n’aient pas trouvé le temps de venir faire un tour la semaine dernière au Forum social européen…


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