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Annulation du Dakar : Al-Qaida a mis un coup au but


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 09 janvier 2008

islamisme, terrorisme
Pour la première fois en trente ans d’existence, le rallye-raid Dakar, dont le départ devait être donné samedi dernier à Lisbonne, a été annulé par Amaury Sport Organisation (ASO), à cause d’Al-Qaïda. Le gouvernement français avait exercé une forte pression sur les organisateurs du rallye pour qu’ils prennent cette sage décision.

L’assassinat en Mauritanie, le 24 décembre, de quatre touristes français dans une attaque attribuée à des proches de la Branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI) ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) avait alimenté les craintes. Le 26 décembre, une attaque contre une caserne ayant causé la mort de trois militaires mauritaniens avait encore fait monter la pression.

Dans un communiqué de revendication diffusé sur Internet et attribué au BAQMI, le gouvernement de Nouakchott s’est vu reprocher « d’assurer aux infidèles une situation favorable au rallye ». Et des interceptions d’écoutes de groupes de la mouvance d’Al-Qaïda en zone sahélienne avaient révélé ces dernières semaines des projets d’attaques contre des Français sur le parcours en Mauritanie. Le gouvernement mauritanien avait promis le déploiement de 4 000 hommes – dont une moitié de militaires – pour sécuriser la compétition. Mais l’efficacité de cette mesure se serait diluée dans ces immensités. Et Joao Lagos, un des organisateurs portugais, a révélé que les menaces « ne se limitaient pas à la Mauritanie, mais concernaient le rallye dans son ensemble ». Tout cela était plus qu’il n’en fallait pour décider l’annulation de l’épreuve.

Pour éviter cela, l’ASO avait envisagé un parcours excluant la Mauritanie. Mais celle-ci comportait huit des quinze étapes de l’épreuve, dont les plus difficiles. S’en passer s’avéra impossible. Les 2 500 participants – provenant de 50 pays – de la caravane du Dakar-2008 rassemblés à Lisbonne, regagnent leur domicile, la mort dans l’âme. C’est tout un symbole : l’ouverture sur les grands espaces fait place au repli sur soi, à la fermeture. Les intégristes islamistes cloisonnent le monde.

L’annulation est un désastre économique pour ASO, dont le budget Dakar s’élève à 12 millions d’euros hors télévision et dont la crédibilité est atteinte. Mais aussi pour tous ceux qui gravitent autour du Dakar : les préparateurs de machines, les équipages professionnels et semi-professionnels… Autre victime : le Portugal, pays d’accueil. Et surtout, les pays africains que le rallye devait traverser. Non seulement ces derniers subissent le manque à gagner résultant de sa suppression, mais aussi leur image de marque touristique est endommagée.

La Mauritanie va intégrer la liste, déjà longue, des pays où le Quai d’Orsay dit qu’« il est fortement déconseillé de se rendre ». En sabotant le tourisme des pays pauvres, Al-Qaida les frappe de plein fouet. Et le climat d’insécurité qu’elle y crée est de nature à décourager les investisseurs. De quoi abattre ces économies fragiles, et avec elles les régimes anti-intégristes en place. Le cas mauritanien est édifiant. Début 2007, la junte militaire a remis le pouvoir à un civil, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, vainqueur de l’élection présidentielle, qui s’était tenue dans des conditions acceptables. L’action d’Al-Qaida fragilise cette avancée démocratique.

Entre le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne, s’étend une vaste « zone grise », mal contrôlée par les États. Ce no man’s land part des côtes du Sahara occidental et de la Mauritanie, traverse le nord du Mali et du Niger, empiète sur le Sud algérien et libyen, et va jusqu’au Tchad. Cette immensité désertique est devenue le refuge de groupes islamistes chassés d’Algérie, qui font des émules locaux. Elle sert aussi de centre d’entraînement pour les candidats au djihad venant d’Europe et d’ailleurs. Elle constitue une menace pour l’Occident. Aussi, les Américains ont-ils lancé, en 2005, un programme de lutte contre le terrorisme au Sahara, visant à épauler les sept pays le bordant, et doté de 100 millions de dollars par an pendant cinq ans.

Al-Qaïda a subi des revers en certains pays, notamment en Irak et en Arabie Saoudite. Ses dirigeants, Oussama ben Laden et Ayman al-Zawahiri, ont chargé la direction maghrébine de l’organisation – en fait algérienne – de marquer des points. Depuis l’année dernière, le terrorisme islamiste a repris de la vigueur au Maghreb. Il réussira à en éloigner les touristes. Pour ceux-ci, pérégriner en terre d’Islam devient de plus en plus dangereux.

Il est symptomatique que les organisateurs du rallye-Dakar envisagent de transférer, l’année prochaine, la compétition en une contrée non musulmane : l’Amérique latine.

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