Dumait Alain - samedi 17 juillet 2004
Il y a quelques années, comme on demandait à Marie-France Garaud si, selon elle, Jacques Chirac avait vraiment des convictions, celle qui fut pendant plusieurs années son mentor, répondit que l’intéressé en avait au moins deux : « Il est viscéralement hostile à la peine de mort ; son antiracisme lui fait exécrer l’extrême droite ». Il n’y a donc aucune raison de mettre en doute son discours prononcé le 8 juillet à Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, il décrit la France à laquelle il croit, un pays ouvert et accueillant, fraternel, respectueux des différences, tolérant, toujours prêt à se porter au secours des persécutés. Il n’y a pas de raison non plus de ne pas croire à sa détermination ni aux consignes très fermes qu’il donne et qu’il demande de transmettre à tous les responsables publics de ce pays, pour lutter contre ce qu’il a appelé, lui aussi, « une dérive intolérable ». Celle-ci se manifeste d’abord par une accélération de ce qu’il est convenu d’appeler des actes racistes ou antisémites. Concrètement, cela recouvre des injures, des inscriptions, voire des coups. Selon les statistiques disponibles du ministère de l’Intérieur, de tels actes ont été aussi nombreux au premier trimestre 2004 qu’au cours de l’ensemble de l’année 2003. Mais dissocier ces délits-là de la délinquance générale a un caractère artificiel. C’est l’ensemble de la délinquance qui est en augmentation, malgré de meilleurs résultats enregistrés par les services de police et en particulier, la délinquance ethnique, propre aux bandes de jeunes désœuvrés opérant dans des banlieues devenues des zones de non-droit. Différents travaux menés par des sociologues, aussi bien au niveau des tribunaux que des prisons, montrent qu’entre la moitié et les deux tiers des délinquants ont au moins un père étranger presque toujours né dans l’un ou l’autre des pays du Maghreb. À Chambon-sur-Lignon, Jacques Chirac a feint de croire que l’antisémitisme remontait à la surface de la société française, comme un cancer qu’on croyait guéri, soixante ans après ses dernières manifestations. Mais ce n’est pas de la société française en général qu’il ressurgit mais bel et bien d’une catégorie très particulière de la population, constituée par des jeunes issus de l’immigration, et dont l’intégration est, à ce jour, un échec cuisant.
Le RER D, ça craint !
S’il en était besoin, le fait divers odieux qui s’est produit le matin du vendredi 9 juillet dans une rame du RER D circulant dans le Val d’Oise, illustre tragiquement, non seulement la réalité quotidienne de la vie dans plusieurs centaines de quartier de banlieue aujourd’hui en France, mais encore, le décalage énorme entre le discours historique et éthéré du Président de la République et ce que vivent concrètement un grand nombre de Français modestes, demeurant encore à l’intérieur de ces quartiers, où dans leur environ immédiat. On sait que la victime, une jeune femme de 23 ans, avec un bébé dans une poussette, a été molestée par six jeunes, armés de couteaux, quasiment sous les yeux d’autres passagers. Unanimes, les médias reprochent à ceux-ci leur inaction. On se demande si les éditorialistes de la presse parisienne ont déjà voyagé, fut-ce une seule fois, dans le RER D… Les insultes antisémites - proférées en l’occurrence envers quelqu’un qui n’est pas juif… - comme les croix gammées, ne sont rien d’autre que des provocations, exprimant la haine de ces jeunes pour la société qui les a pourtant nourris. Le nihilisme l’emporte sur le racisme. Pourtant, défilant à tour de rôle devant les micros et les caméras, les professionnels de la classe parlante ne peuvent s’empêcher de débiter leurs sottises. Le Président de la région Ile-de-France voit aussitôt ressurgir le spectre de la déportation des enfants juifs pendant la guerre 40. Les présidents des associations qui ont fait de l’antiracisme leur fonds de commerce, pour un peu, demanderaient qu’on active l’état d’urgence prévu à l’article 16 de la Constitution française ! Et le recteur de la Mosquée de Paris, également président du Conseil français du culte musulman, le docteur Dalil Boubakeur, inévitablement interviewé, craint, une fois de plus, que les bons musulmans de ce pays soient ostracisés. Il serait plus simple, plus honnête et plus efficace, aussi bien pour le Président de la République, Jacques Chirac, que pour l’ensemble des belles âmes qui disposent du monopole de l’expression dans nos médias conformistes, de voir enfin la vérité en face : notre pays est aujourd’hui confronté aux conséquences d’une politique d’immigration suicidaire, suivie avec entêtement par tous les gouvernements depuis trente ans. Et Jacques Chirac, pour la première fois Premier ministre en 1974, est forcément le premier responsable de cette politique-là. Bien sûr qu’il faut réagir ! Mais pas dans le sens indiqué le 8 juillet par le Président de la République à Chambon-sur-Lignon.
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