Thieulloy (de) Guillaume - jeudi 25 mars 2010
regionales
La première chose à faire, après une élection, c’est de comprendre le message des électeurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les politiques ne sont pas d’accord sur ce message. Les caciques du PS nous disent que les électeurs ont voulu dire non aux réformes ; les caciques de l’UMP nous disent que le message est essentiellement régional.
En faveur de ce dernier point de vue, les sondeurs ont avancé des chiffres de l’ordre de 75 % pour les électeurs qui se seraient exprimés sur des thèmes locaux.
Cependant, je vois mal comment on pourrait dissocier les thèmes locaux des thèmes nationaux. Exemple : en Ile-de-France, le thème local dominant était celui des transports. Mais il est clair que ce thème est indissociable de la réforme avortée du service garanti. Tant que la loi n’imposera pas un service normal aux heures de pointe pour les jours de grève dans les transports publics, les difficultés de transport des habitants de la région resteront à l’ordre du jour.
Quant à la thèse du PS, elle me paraît tout simplement fantaisiste. Si les électeurs avaient voulu une politique socialiste, ils auraient voté socialiste… en 2007.
Il est possible, en revanche, que le discours de Martine Aubry et consorts corresponde, si j’ose dire, à une schizophrénie des Français : percevant les réformes comme nécessaires pour faire face à la mondialisation, ils demanderaient au gouvernement de les mettre en place, tout en demandant aux collectivités locales d’en adoucir les effets !…
Mais le message le plus clair des électeurs est double, et a été expliqué quelques heures à peine après l’annonce des résultats par Jean-François Copé, d’une part, et Georges Frêche, d’autre part.
Ce message touche d’une part, selon le mot de Frêche, à la « mort des partis ». Le cas de Frêche est lui-même emblématique : pour la première fois, à ma connaissance, un baron local d’un parti a pu gagner face à une dissidence soutenue activement par son propre parti. Le seul cas du Languedoc-Roussillon devrait d’ailleurs amener les socialistes à un peu plus d’humilité : il montre que les grands élus locaux ne dépendent que très peu des dirigeants nationaux. Il n’est, à cet égard, pas inutile d’écouter aussi le message de Gérard Collomb, maire de Lyon, qui s’est empressé de signifier que les résultats du 21 mars manifestaient la victoire des élus locaux socialistes, en aucun cas celle de Martine Aubry…
Et ce message touche d’autre part à ce que veulent les électeurs de droite : selon le mot de Jean-François Copé, ils veulent que la droite revienne à « ses fondamentaux ».
Les raisons de l’abstention se trouvent là : les électeurs en général n’ont aucune confiance dans les partis politiques dits « de gouvernement » – les électeurs de droite, en particulier, qui ont vu leurs représentants faire une politique de gauche avec des hommes de gauche.
Le message est donc clair : respectez vos promesses, ne trahissez pas vos électeurs.
Mais, après avoir entendu (et compris…) le message, il reste encore à s’interroger sur l’avenir. Personnellement, je doute fort que la renaissance du Front national soit un feu de paille. Il me paraît donc évident que la manœuvre de Nicolas Sarkozy en 2007 ne sera pas renouvelable.
Sa seule chance de rallier à nouveau toutes les voix de droite dès le premier tour serait de passer outre au diktat mitterrandien. À défaut de passer lui-même des accords nationaux avec le FN (dont il n’est d’ailleurs pas sûr que le FN les accepte…), il pourrait permettre à certains élus locaux de l’UMP de le faire ponctuellement. Typiquement, dans le cas de la municipale d’Hénin-Beaumont, si, au lieu de cet appel impolitique au prétendu « front républicain », l’UMP avait fait appel à faire barrage à la corruption de l’équipe socialiste sortante, les électeurs de droite auraient compris que l’ère chiraquienne était enfin révolue.
Mais le vrai « spectacle » pour 2012 va se passer à gauche. Avec des Verts gonflés à bloc, une foule de candidats à la magistrature suprême au PS même, je souhaite bon courage à la gauche pour se trouver un candidat présentable.
Bref, si la droite est ultra-minoritaire en suffrages (17,3 % des inscrits au 2e tour !), elle reste majoritaire en France. Un élément de la victoire ne dépend pas de nous : la déchirure des dirigeants du PS, comme en 2007. Un autre dépend (au moins partiellement) de nous : réaliser l’union à droite sur un programme précis de lutte contre le fiscalisme, contre l’islamisation, contre l’insécurité… avec des hommes de droite, y compris de la droite de l’UMP !
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