Milliere Guy - mercredi 21 juin 2006
Immédiatement après l’élimination de Moussab al Zarqawi, nombre de journalistes français ont commencé à minimiser l’événement. « Zarqawi est déjà remplacé », ont dit certains. « Il ne représentait que l’une des factions engagées dans la rébellion en Irak », ont dit d’autres.
Le suicide de trois djihadistes incarcérés à Guantanamo est vite devenu un sujet plus important. Nul ne parle plus de la cellule terroriste démantelée à Londres ou des dix-sept terroristes arrêtés à Toronto. Une nouvelle chasse l’autre. Qu’importe la vérité, pourvu qu’on ait la rumeur à faire circuler.
J’ai cessé de m’interroger depuis longtemps sur les raisons qui poussent les compagnons de route de l’islam radical à se comporter ainsi. Certains d’entre eux sont ce que Lénine appelait des « idiots utiles », d’autres détestent tellement la liberté et la civilisation qu’ils ont hâte de voir venir le chaos. D’autres encore ont tellement de crasse idéologique dans la tête que leurs neurones ne fonctionnent plus normalement. Ne leur parlez pas de différence entre démocratie et dictature, entre liberté et oppression, ils vivent dans un monde magique où les mots se mélangent comme dans le 1984 de George Orwell.
Ils sont en manque s’ils n’ont pas leur dose quotidienne de mensonges télévisés. Ils sont imperméables à la réalité. La réalité est pourtant que nous sommes en guerre, comme, hélas ! nous l’avons presque toujours été, tout au long de l’histoire de l’humanité. La réalité est que la guerre oppose les forces de la dignité humaine aux forces du nihilisme et de la destruction. La réalité est que les hommes au fil du temps ont préféré la dignité à l’indignité, même si parfois le réveil a été tardif et douloureux.
Il a fallu la boucherie absurde qu’a été la Première Guerre Mondiale pour qu’on commence (à peine) à comprendre en Europe l’absurdité des nationalismes conflictuels. Il a fallu la Seconde Guerre Mondiale pour qu’on prenne pleinement conscience de l’abomination absolue qu’était le nazisme et pour qu’on discerne l’inanité lâche des postures munichoises : entre-temps, des millions de gens, dont les six millions de morts de la shoah, avaient payé au prix fort cette inanité lâche. Il a fallu la fin de la Guerre froide pour discerner les horreurs commises par les adeptes du marxisme-léninisme.
Dans chaque cas, les forces de la dignité humaine l’ont emporté, et elles étaient coalisées autour des États-Unis. Il faudra la fin de la guerre contre le terrorisme djihadiste pour qu’on discerne pleinement qu’il constitue la force de nihilisme actuelle. Comme les Munichois se félicitaient des accords avec le chancelier Adolf, certains rêvent aujourd’hui d’un sourire du président Mahmoud de Téhéran. Les mêmes craignent que la mort de ce bon Moussab ne rende les djihadistes violents, comme s’ils avaient besoin d’un prétexte pour cela. Les mêmes encore vous diront qu’il y a des « résistants » en Irak ou que les cellules de Londres et de Toronto n’ont rien à voir avec une internationale djihadiste.
La réalité est que cette internationale existe, mais qu’elle s’est mise à l’heure d’internet et du réseau. La réalité est qu’elle vient de recevoir des coups très durs. La réalité est que l’Irak avance vers la paix et la stabilité. La réalité est que le régime de Téhéran est profondément déstabilisé. La réalité est que les gens de l’Autorité palestinienne s’entretuent, ce qui leur laisse moins de temps pour tuer les autres.
Les forces de la dignité humaine avancent, même si le combat risque d’être encore long. Le front principal de la guerre en cours est l’opinion américaine : bien que nombre de journalistes américains semblent détester leur propre civilisation, je pense que ce front tiendra. Les États-Unis sont indissociables des valeurs éthiques de leurs pères fondateurs. Un autre front de la guerre est l’opinion européenne, et là, je suis bien plus pessimiste. Les journalistes qui colportent les rumeurs n’ont aucun souci à se faire, le djihadisme a déjà gagné sur ce continent. Si la liberté revient, ce sera par surcroît, de l’extérieur. La ferveur d’ivresse qui entoure la Coupe du monde de football est un symptôme : on oublie tout. On tolère même la vraisemblable venue du président Mahmoud, à Nüremberg sans doute, soixante-dix ans après les Jeux Olympiques à l’ombre de la Croix gammée. Certains comportements ne changent pas…
-Voir aussi : "La mort de Zarqawi, plus que la fin d’un symbole" 17 juin 2006 - Par Guy Millière © Metula News Agency
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