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Armes de corruption massive


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Milliere Guy - dimanche 17 octobre 2004


Le rapport récemment remis par Charles Duelfer, concernant les programmes d’armement du défunt régime de Saddam Hussein, s’est trouvé présenté de façon si édulcorée par la quasi-totalité des médias français qu’il me semble nécessaire d’apporter ici quelques précisions et quelques éclaircissements.
Le rapport dit bel et bien, comme cela n’a cessé d’être répété à la radio et à la télévision en France, que Saddam Hussein semblait ne pas disposer d’armes de destruction massive au moment où la guerre a été déclenchée, mais il dit aussi, très explicitement, et en détail, que Saddam Hussein avait préservé et maintenu intact tout le savoir-faire requis pour produire ces armes en quelques mois si les sanctions internationales frappant l’Irak étaient levées.
Le rapport dit aussi de façon on ne peut plus claire que Saddam Hussein œuvrait activement à la levée de ces sanctions et cherchait tous les moyens de les contourner.
Quelqu’un qui n’entend pas fabriquer et utiliser des armes de destruction massive préserve-t-il soigneusement le savoir-faire requis pour les fabriquer et les utiliser ? Et quelqu’un qui n’a aucune intention délétère cherche-t-il à obtenir la levée de sanctions (ou à les contourner) aux seules fins de se donner au plus vite les moyens d’action dont on prétendait le priver ? Seuls les idiots et les praticiens de l’aveuglement volontaire pourront répondre par l’affirmative à ces deux questions.
Mais le rapport contient aussi des éléments très graves et très significatifs dont on a fort peu parlé (et pour cause) en ce pays. Il est avéré, et les preuves à charge sont accablantes, que Saddam Hussein a contourné les sanctions internationales qui frappaient son régime et a détourné de sa finalité première le programme « pétrole contre nourriture et médicaments » mis en place et géré sous l’égide des Nations Unies.`
La nourriture et les médicaments, pour l’essentiel, ne sont jamais parvenus à leurs supposés destinataires : les Irakiens. L’argent détourné n’a pas été perdu pour tout le monde, très loin de là. Une part importante de l’argent issu du pétrole irakien et qui devait servir à l’achat de nourriture et de médicaments s’est trouvée détournée avec la complicité de membres et de fonctionnaires de l’ONU.
Saddam Hussein a pu, en outre, vendre du pétrole en excédent des quantités prévues, par les accords grâce à des complicités situées elles aussi au sein de l’ONU. L’argent détourné du programme onusien a fini sur divers comptes en banque et a servi à divers achats qui sont détaillés dans le rapport. Les revenus, tirés du pétrole vendu en excédent, ont aussi fini sur divers comptes détaillés eux aussi dans le rapport.
Des fonctionnaires de l’ONU, des hommes politiques, des intermédiaires douteux, des entrepreneurs peu scrupuleux ont bénéficié d’une manne qu’on peut trouver particulièrement répugnante dès lors qu’on sait qu’elle était collectée au prix des souffrances endurées par les hommes, les femmes, les enfants d’Irak et au prix du maintien au pouvoir et de l’enrichissement d’un dictateur particulièrement abject et sanguinaire.
Les hommes politiques concernés, se sont montrés peu regardants dès lors qu’ils savaient que Saddam ne les payait pas pour rien, mais soit pour qu’ils lui fournissent dès que possible, de quoi fabriquer des choses monstrueuses et criminelles dont le passé a montré que Saddam était tout à fait capable de se servir, soit  pour que, grâce à la levée des sanctions, la fourniture des éléments permettant de fabriquer les armes prohibées puisse s’opérer à nouveau. Que tant de gens aient pu se faire complices d’un criminel contre l’humanité, et que tant de gens aient œuvré pour qu’il puisse commettre d’autres crimes, laisse sans voix.
La vérité oblige à dire que parmi les complices dont le nom figure dans le rapport Duelfer, il y a, outre des fonctionnaires de l’ONU (ce qui devrait mener Koffi Annan à se poser davantage de questions qu’il ne s’en pose et le reste du monde à s’interroger sur une institution, semble-t-il, si vérolée), des Syriens, des Chinois de Chine communiste, des Russes, mais aussi beaucoup de Français. De là à penser que l’ardeur pro-Saddam du gouvernement français n’était pas désintéressée, il n’y a qu’un pas.
Saddam disposait à l’évidence d’armes de corruption massive, et il les a utilisées de façon à pouvoir retrouver au plus vite une panoplie complète d’armes de destruction massive, c’est ce que dit vraiment le rapport Duelfer et que, bien sûr, on ne vous dira pas…

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