Courrier - mercredi 04 janvier 2012
tunisie
Le 13 décembre dernier, Nicolas Sarkozy a félicité le président de la république de Tunisie, Moncef Marzouki, au lendemain de son élection et l’a invité à effectuer une visite officielle en France quand il le voudrait. De plus, notre chef de l’État a réaffirmé que la France était prête à aider la Tunisie « notamment sur le plan économique » (sic).
Comme chacun sait, notre pays jouit d’une économie si florissante qu’il peut se permettre une attitude dispendieuse envers un pays qu’on a pourtant déjà aidé.
Rappelons-nous que, début avril, Alain Juppé, en visite à Tunis, déclarait : « Nous allons mettre en place une aide massive à la Tunisie. »
Effectivement, dans ses valises, il apportait 350 millions d’euros. Une telle aide aurait pu recevoir quelques remerciements. Il n’en a rien été. Nous avons essuyé, au contraire, de la part des « récipiendaires » des propos plutôt vexants.
Ainsi, le 19 octobre, sur radio Express FM, Rachid Ghannouchi, aussitôt après le succès de son parti islamiste Ennhada aux élections législatives, a regretté que les Tunisiens soient devenus « Franco-Arabes » dans leur langage et il a insisté sur l’identité arabe du pays (et dire qu’en France, on nous refuse de parler de l’identité française !) : « Nous sommes Arabes et notre langue, c’est la langue arabe… On est devenu Franco-Arabes ; c’est de la pollution linguistique ! » (Français pollueurs, Français payeurs !)
Le nouveau président tunisien, qui a vécu un tiers de sa vie en France (il a été étudiant, puis médecin), n’est pas plus élogieux à notre égard.
Sur le site du « Figaro », il ne dissimulait pas une certaine rancœur à l’égard de la France qui « reste dans des schémas obsolètes ». Il ajoutait : « Nous sommes condamnés à nous entendre. » (Traduction personnelle et familière : Nous avons besoin de vos pépettes !). « La Françafrique ne passera plus par la Tunisie » (et un compliment de plus pour la France !)
Dans ces conditions, on se demande s’il est raisonnable de la part de Nicolas Sarkozy de proposer à la Tunisie une aide supplémentaire.
Dans un premier temps, en avril, enivré par l’odeur du jasmin, notre pays a aidé, grâce à son concours financier, à « secouer un régime autoritaire et policier » (Alain Juppé). Effort poursuivi en mai, lors du sommet du G8. La Tunisie a réclamé 25 milliards de dollars sur cinq ans (en principe un prêt, mais, en réalité, sans aucune garantie de remboursement). Nicolas Sarkozy a annoncé, pour sa part, que la France participerait à hauteur d’un milliard d’euros.
L’aide apportée à la Tunisie doit s’arrêter maintenant. La France, pays riche de dettes, n’a pas à supporter plus longtemps les dettes qui ne nous sont pas imputables. La générosité a ses limites !
Attendons de voir, maintenant que la « démocratie » est rétablie, si le régime mis en place par le parti islamiste Ennhada, qui se dit « modéré », fera mieux que Ben Ali, autoritaire certes, mais laïque. Il y avait alors de la répression, mais qui peut croire qu’il n’y en aura pas avec un gouvernement islamiste ?
Il est irresponsable de la part de Nicolas Sarkozy d’imposer à la France de nouvelles charges pour assister plus longtemps la Tunisie. Il y a déjà tant à faire dans notre propre pays…
Françoise Moulin-Lerat
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