Rouxel Jean - mercredi 29 novembre 2006
hezbollah, syrie, liban
Depuis 30 ans, une série de meurtres frappe la mouvance souverainiste libanaise. Comme le musulman sunnite Rafic Hariri, assassiné l’année dernière, le chrétien maronite Pierre Gemayel luttait contre la mainmise syrienne sur le Liban. Il a été tué le jour où le Conseil de sécurité de l’ONU statuait sur le Tribunal international devant examiner l’affaire Hariri, donc accuser la Syrie. Celle-ci, et ses obligés libanais, le président de la République Emile Lahoud, celui du Parlement, Nabih Berri – chef du mouvement Amal allié au Hezbollah – et la haute administration, veulent empêcher la ratification de ce tribunal par le pays du Cèdre.
S’ils réussissaient, le Conseil de sécurité devrait l’imposer en recourant au chapitre vii – coercitif – de la charte de l’ONU, discréditant cette juridiction dans le monde arabe.
La Syrie a probablement commandité l’assassinat de Gemayel, mais l’Iran est derrière elle. L’échec de l’occupation américaine en Irak, et la victoire du Hezbollah contre Israël cet été, l’ont enhardi : il veut maintenant contrôler le pouvoir à Beyrouth. C’est pourquoi six ministres, dont les cinq représentants chiites du Hezbollah et d’Amal, ont démissionné après l’échec de discussions sur l’octroi d’un pouvoir de blocage, au sein du gouvernement, à la minorité prosyrienne.
Ces départs ont privé le gouvernement de sa légitimité religieuse, donc constitutionnelle – la Constitution lui impose des quotas religieux.
Téhéran veut une représentation chiite renforcée au gouvernement libanais. Le Hezbollah est toujours ravitaillé par l’Iran en argent, et en armes, malgré la Finul 2. État dans l’État, il entend devenir l’État lui-même.
L’Iran utilise le Hezbollah pour créer un « croissant chiite » intégrant l’Irak et le Liban, qui deviendrait sa tête de pont sur la Méditerranée. La suggestion faite à Bush par la Commission Baker, de solliciter l’aide de Damas et Téhéran pour stabiliser l’Irak, est interprétée comme un signe de faiblesse par l’axe syro-iranien, qui redouble d’agressivité. La détermination du président américain à détruire les sites nucléaires iraniens ne peut qu’en être renforcée. Cette attaque empêcherait l’Iran de se doter de l’arme atomique, et prouverait la volonté américaine de contrer son expansionnisme.
Le régime d’El Assad, baasiste, c’est-à-dire laïc, cherche le salut dans une alliance contre-nature avec la théocratie iranienne. En aidant les fanatiques islamistes au Liban – et en Irak – il fortifie les fauves qui le dévoreront.
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