Bonnal Nicolas - mardi 26 juillet 2011
violences
Grâce aux terribles (et surtout incompréhensibles) attentats norvégiens, les islamophobes, ceux des 4 vérités, de France ou d’ailleurs, n’ont qu’à bien se tenir ! Le journaliste Ran-Tan-Plan, les médias et la bonne conscience armée jusqu’aux dents de toute sa mauvaise foi ont décrété qu’un attentat qui tue une centaine de blancs en Norvège, pays perdu du nord du monde, peuplé pourtant de grands blonds aux yeux bleus, fortement résistant à la cause nazie en son temps, ne pouvait être qu’islamophobe.
Autrement dit, il faut alors le courage et la lucidité médiatique pour dire que les attentats du 11 septembre ou d’Atocha en Espagne sont des attentats islamophobes, que Ben Laden est un islamophobe, et que tous ceux qui tempêtent peu ou prou contre l’application de la charia en Europe occidentale sont des terroristes en puissance puisqu’islamophobes. Chaque attentat islamiste sera islamophobe. J’ai dit.
George Orwell doit se retourner dans sa tombe : on a fait plus fort que dans son célèbre livre ; puisque l’on a remplacé les attentats islamistes par les attentats islamophobes, qui tuent des chrétiens et de tranquilles citoyens d’un pays protestant pourtant réputé pour ses camps de réfugiés politiques, gorgé de tranquillisants, de lois sociales soft et d’idéologie politiquement correcte ! C’est la rate, disait Toinette, c’est l’islamophobe, nous dit Ran-Tan-Pan, qui comme toujours sent toujours quelque chose et comme toujours suppose que Joe Dalton est fou d’amour pour lui.
Ce n’est pas fini : on nous dit, ce qui est fou et faux, que le quidam interpellé est un extrémiste de droite (un right-Wing, comme dit le New York Times, qui appartient à un arabo-mexicain milliardaire, et se targue de devenir une feuille paroissiale de l’internationale bien-pensante islamique, qui finance maintenant un film hollywoodien sur trois). En réalité sa page Facebook mentionne ou mentionnait – je ne suis plus allé vérifier ce qu’on y avait ajouté, ou retranché – qu’il est conservateur (haro sur les conservateurs, surtout américains, ils embêtent Obama !), chrétien et franc-maçon.
Cette précision inquiète un de mes amis, haut gradé de la maçonnerie, auquel je fais remarquer que pourtant personne ne commente l’affaire dans ce sens. On aime bien les cibles type « extrême-droite », skinheads, fondamentaliste, anti-avortement, je ne sais quoi encore, mais on ne va pas gratter plus loin. On a raison pour le coup : il serait infâmant d’incriminer la franc-maçonnerie dans cette histoire, tout comme il est infâmant de s’en prendre à ceux qui ne veulent pas que l’on applique la charia dans les cantines. Il reste que le bonhomme de neige n’avait jamais été néo-nazi, dans un pays où il y a dix policiers par skinhead turc, mais qu’on lui avait permis, alors qu’il était simple fermier écologique (tiens… tiens… cela nous rappelle une affaire bien française avec huit bons massacrés), d’entasser des armes de guerre sophistiquées. De qui se moque-ton ?
Bien sûr, le norvégien fou extrémiste et islamophobe qui massacre ses compatriotes cite John Stuart Mill et est donc un homme cultivé, comme Frank James dans Lucky Luke, l’ambassadeur autrichien d’Opération corned-beef ou comme Annibal Lecter (qui dessine de mémoire le Duomo de Florence en prison) : on associe la culture à la monstruosité dans les médias gorgés de lady Gaga ou d’Amy Winehouse, et ce, bien que les nazis sortissent leur revolver quand ils entendaient le mot… Cette logique est imparable.
Dans cette affaire terrible et lamentable, tout le monde – et c’est de bonne mauvaise guerre – a envie d’accuser tout le monde. Je citerais Milton, celui de l’admirable tragédie Sanson et Dalila, au risque de me faire passer pour un terroriste : « qui dois-je incriminer sinon moi-même ? » Nous sommes en effet, comme Sanson, à la fois aveugles et désarmés face à ces actes monstrueux qui se multiplient, sur les campus, dans les écoles, dans les meetings ou ailleurs : en voulant créer son paradis terrestre, à coups de pétrole, de charité désordonnée et de caricature évangélique, la Norvège et l’Etat-providence planétarisé ont nourri de précieux monstres. « La vie, disait Bernanos, est un risque à courir, pas un problème à résoudre ». En en faisant un problème à résoudre, nous avons créé une génération de zombies dont on peut tout redouter.
On espère simplement maintenant ne pas faire partie de la prochaine fournée de mitraillés dans ces satanic parks où viennent s’ébrouer tous les touristes et assurés sociaux de la planète.
10 commentaires - Ecrire un commentaire
|