Artur du Plessis Laurent - mardi 06 novembre 2007
turquie
Samedi, le général-président pakistanais Pervez Musharraf a renversé la table à jeu en proclamant l’état d’urgence : Constitution suspendue, médias censurés, 500 opposants arrêtés. Toutefois, le gouvernement, le Parlement et les assemblées provinciales continueront de fonctionner.
Iftikhar Chaudhry, président de la Cour suprême et figure emblématique de l’opposition a été révoqué.
Pour justifier son action, Musharraf a évoqué la paralysie du gouvernement par les « ingérences du pouvoir judiciaire ». Ces jours-ci, la Cour suprême devait statuer sur la réélection, le 6 octobre, au suffrage indirect, de Musharraf à la présidentielle, à la suite d’un recours contestant sa double casquette de chef de l’État et des armées. Musharraf a pris les devants, dénouant le conflit qui l’opposait, depuis mars, au juge Chaudhry appuyé par les classes moyennes multipliant les manifestations de rue.
Étape importante vers la démocratie, les législatives, initialement prévues en janvier, sont reportées sine die. L’état d’urgence brise le rêve d’un Pakistan démocratique. Il annule les accords passés avec Washington et Londres : le général Musharraf deviendrait un président civil après avoir renoncé à son mandat de chef des armées, et il confierait la direction du gouvernement à l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto. Celle-ci l’a accusé d’avoir imposé une « mini-loi martiale ».
Musharraf a également justifié l’état d’urgence par la montée de l’extrémisme islamiste. Celle-ci s’est accélérée depuis l’assaut meurtrier, en juillet, des forces de sécurité contre la Mosquée Rouge d’Islamabad devenue un repaire de fanatiques. Cet évènement a lancé la guerre civile. Depuis, une vague sans précédent de violences s’est abattue sur le pays : une vingtaine d’attentats suicide, ayant tué 420 personnes, perpétrés par des islamistes ou attribués à cette mouvance radicale. Le 18 octobre, le pire attentat suicide de l’histoire du Pakistan frappa Karachi, tuant 139 personnes. Benazir Bhutto était visée, le jour de son retour d’exil. En outre, l’armée pakistanaise se bat contre des islamistes proches des talibans et d’Al-Qaïda régnant sur les zones tribales frontalières avec l’Afghanistan. Ces fondamentalistes rayonnent sur d’autres provinces pakistanaises. Depuis deux semaines, l’armée les affronte dans une région naguère touristique du nord-ouest. Les islamistes montent à l’assaut du pouvoir au Pakistan qui représente un enjeu stratégique majeur, avec ses 160 millions de musulmans et, surtout, son arsenal nucléaire.
Considérant Musharraf comme son allié dans la lutte contre Al Qaida et les Talibans au Pakistan et dans l’Afghanistan voisin, mais l’ayant prévenu contre la tentation totalitaire, Washington est en colère. Condoleezza Rice a qualifié l’état d’urgence de « hautement regrettable ». Musharraf passe outre, refusant d’être sacrifié sur l’autel de la démocratie. L’on voit mal la jolie Benazir Bhutto, destituée de son poste de Premier ministre il y a presque une décennie pour des affaires de corruption, incarner la résistance au fanatisme islamiste. Celui-ci a le vent en poupe, bien que le pays connaisse depuis plusieurs années un boom économique avec une croissance estimée à 6 % pour 2007. Un retournement de la conjoncture économique mondiale transformerait la progression islamiste en raz-de-marée.
Bien qu’infiltrée par les islamistes, l’armée reconduit Musharraf dans ses fonctions de général-président en lui autorisant l’état d’urgence, qui empêche la cour suprême d’invalider sa réélection. Mais, quoique homme à poigne, Musharraf mène un combat perdu d’avance, face aux islamistes qui étendent leur emprise sur les quartiers populaires. Ils s’appuient sur un maillage serré de madrasas (écoles coraniques) pour éduquer les enfants du peuple selon les préceptes d’un islamisme radical. Qazi Hussein Ahmed, qui dirige une alliance de partis islamistes de l’opposition, a appelé à des manifestations pour faire tomber « le dictateur militaire ».
Les orages de la guerre grondent des frontières de l’Inde à celle de l’Europe. Le Pakistan démarre une guerre civile. En Afghanistan, les talibans marquent des points contre les armées occidentales. La guerre menace à la frontière turque : Ankara brûle d’envahir le Kurdistan irakien, relativement paisible, pour s’y emparer du pétrole au prétexte d’en débusquer le mouvement indépendantiste kurde PKK. Le passage à l’acte embarrasserait les tenants européens de l’intégration de la Turquie à l’UE… Un bombardement américain de l’Iran, qui refuse toute concession sur le nucléaire, se prépare : il produira une forte onde de choc.
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