Rouxel Jean - dimanche 17 octobre 2004
Depuis 40 ans, les voyages présidentiels dans les pays non démocratiques font partie intégrante de la mythologie de la Ve République. Le Président emmène avec lui une escouade de chefs d’entreprises, bien décidé à leur permettre de signer une moisson de contrats, dont la négociation est déjà plus ou moins avancée. Au plan politique, ce ne sont que des parlottes et des embrassades, la délégation française ayant pour consigne de ne jamais prononcer un mot qui fâche. On peut trouver admirable que, cette fois, en Chine, ce sont au total plus de 4 milliards d’euros de contrats qui ont été signés par nos grands patrons. On appréciera que le chef de l’État ait pu dire : « Grâce à la Chine, Alstom est sauvé ! ». Mais on remarquera que sur les secteurs les plus sensibles, et sans doute les plus compétitifs - l’avion long courrier gros porteur et les centrales nucléaires de troisième génération - les Chinois, prudents, préfèrent continuer à faire jouer à fond la concurrence internationale. De toute façon, on observera que l’Allemagne, dont les ventes sur ce marché sont quatre fois plus importantes que les notres, aussi bien que les Pays-Bas ou l’Italie, qui également nous y dépassent, n’ont pas besoin, pour leur part, de ces visites d’État, à grand tralala. Au plan diplomatique, ces voyages sont l’occasion de claironner les positions de la France dans le concert international. Toutes les interventions du chef de l’État sont préparées à l’avance tandis que la mise en scène de chacun de ses déplacements fait l’objet d’une attention particulière. Ce n’est donc pas un hasard si, au centre culturel français d’Hanoï, Jacques Chirac a été accueilli par une marée d’enfants agitant sous son nez le drapeau rouge national à étoiles jaunes. Cela a du lui rappeler un certain soir de mai 2002, place de la République à Paris… C’est ensuite qu’il crut devoir choisir ce lieu et ce moment pour dénoncer, une nouvelle fois, l’égémonie culturelle américaine, en agitant le spectre d’une « sous-culture »… On a aussitôt compris qu’une nouvelle étape de l’incompréhension entre la France et les États-Unis venait d’être franchie. Contrairement à son voyage précédent de novembre 97, le président de la République, à aucun moment, n’a évoqué la mémoire des combattants français morts au Vietnam. En Chine, il a attendu la dernière minute pour faire une allusion voilée à la question des droits de l’homme, osant conseiller à la presse d’être plus discrète, dans un pays où elle n’est même pas libre ! En France, seul Alain Madelin s’est permis de se déclarer « choqué »…
8 commentaires - Ecrire un commentaire
|