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Menou Pierre - lundi 21 novembre 2011

euro, dette

Lu dans la presse


Le magazine
Monde et Vie publie dans son numéro de novembre un débat entre les économistes Alain Cotta et Christian Saint-Etienne, qui annoncent tous deux une fracture de la zone euro.

Pour Christian Saint-Etienne, s’il ne se crée pas un budget commun à la zone euro « qui atteigne très rapidement 5 à 7 points de PIB et permette d’investir massivement sur les infrastructures, la recherche et le développement et l’économie d’innovation, mieux vaut arrêter l’euro, qui de toute façon va se casser en deux. »

Au journaliste qui lui demande comment cela peut se passer, l’économiste répond : « Il existe deux possibilités. Premier cas de figure : les pays faibles sortent – mais on ignore quel sera le traitement juridique des dettes déjà contractées : si ces pays doivent en rembourser tout ou partie en euro, la sortie sera pour eux catastrophique… La France se classe de facto parmi eux et n’a donc pas intérêt à sortir de l’euro dans l’immédiat, sauf si elle se trouve en état de cessation de paiement.

Deuxième solution : on assiste aujourd’hui à une amorce d’attaque sur la dette italienne ; or, notre situation macro-économique n’est pas tellement meilleure que celle de l’Italie et s’il se produisait une attaque simultanée sur la France et l’Italie, nous ne pourrions que nous retourner vers l’Allemagne, en lui disant : vous avez aimé le plan grec à 200 milliards d’euros, vous allez adorer le plan franco-italo-espagnol à 4 000 milliards d’euros ! A cela près que la France a payé une partie du plan grec, tandis que les Allemands devront payer seuls le plan à 4 000 milliards… Mme Merkel disposera de quelques heures pour dire si elle accepte de payer ou si elle quitte l’euro. Je suis convaincu qu’elle sortira. »

Christian Saint-Etienne envisage pourtant un troisième scénario, qui aurait, selon lui, une chance sur mille de se réaliser : « la construction d’un « noyau dur » qui permettrait de fédéraliser la zone à 8 ou 9 (France, Allemagne, Benelux, Autriche, Espagne, Italie, Portugal…) », au sein duquel il faudrait garder l’Italie et l’Espagne, « car c’est avec elles que nous sommes en compétition. Si ces pays sortent et dévaluent de 40 %, ils cisailleront ce qu’il nous reste d’économie. »


D’importants désordres sociaux

Cette possibilité n’est pas réaliste aux yeux d’Alain Cotta, qui annonce lui aussi deux scénarios : « en premier lieu, celui qu’appelle de ses voeux Mme Merkel, à la tête de la première économie triomphante de l’Europe », à savoir l’Allemagne, qui est aujourd’hui « favorable à un nouvel euro, un euro du nord qui permettrait au peuple allemand de disposer d’une monnaie, d’une Bundesbank et de s’étendre jusqu’à la Volga – sur le bassin de laquelle vivent cinq millions d’Allemands germanophones. Mme Merkel veut que l’Allemagne continue à exercer son hégémonie en Europe et prenne sa revanche, 60 ans après la guerre. Elle refuse de payer pour les pays du sud, pour lesquels elle s’est constamment refusée à avancer un sou depuis trois ans, mais elle peut souhaiter garder la France au sein de ce nouvel euro, pour éviter d’être accusée de renouer avec le pangermanisme. Tant que la France reste à ses côtés, l’Allemagne peut prétendre agir dans l’intérêt de l’Europe... »*

Deuxième scénario, « les politiques maintiennent l’euro sous sa forme actuelle pour ne pas avouer qu’ils ont trompé la population pendant 20 ans, on va de faux plan d’austérité en faux plan d’austérité et d’importants désordres sociaux se produisent, comme on le voit déjà en Grèce, en Espagne, en Italie et à Londres… »

Alain Cotta évalue à 10 % la possibilité que le premier scénario se réalise, et le second à 90 %. Pour les deux économiste, le premier scénario, celui de l’euro allemand, signerait la vassalisation et la mort de la France. Le deuxième autoriserait sa survie, au prix de sacrifices considérables.



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