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Dumait Alain - samedi 22 mai 2004


Dans la tribune libre qu’il donne régulièrement à l’hebdomadaire « L’Express »,parue récemment, Jacques Attali, à la fois polytechnicien (Corps des mines) et énarque (Conseil d’État), qui fut le conseiller très écouté de François Mitterrand, appelait ses ex-amis socialistes à redécouvrir ce qui, à ses yeux, doit constituer le véritable clivage droite/gauche, à savoir : il y a ceux qui sont partisans de l’extension des lois de l’économie de marché à une sphère de plus en plus large des activités humaines et ceux qui, au contraire, à l’inverse, sont partisans de réduire toujours plus la sphère des activités soumises à la libre initiative des individus et à la concurrence.
Le point de départ de ce brillant esprit semble être le suivant : un miraculeux progrès scientifique et technique perpétuel - que l’État doit évidemment encourager, à grand renfort de milliards d’euros - permet d’obtenir une croissance économique durable ; les gains procurés par celle-ci seront soit laissés à la disposition des agents économiques, soit confisqués par la collectivité. Dans le premier cas, on ira vers toujours plus de marché et de libéralisme, tandis que dans le second cas, on ira vers plus de collectivisme.
Jacques Attali, qui aime provoquer, et qui n’a pas les pudeurs des politiciens professionnels, n’hésite pas : le marché, c’est aussi l’inégalité, c’est donc de droite, et il est contre ! Il est favorable à une gestion administrative des besoins, seuls susceptibles d’aller dans le sens de l’égalitarisme. Et il précise les secteurs qui, demain, au nom de ce progressisme, pourraient échapper complètement ou largement aux lois du marché : la culture, l’éducation, le logement, la santé, les assurances, l’alimentation…
Pour y parvenir progressivement, sans révolution de type bolchevique, il faut simplement étendre la collectivisation au rythme permis par l’accaparement public des fruits de la croissance.
Jacques Attali appelle ses amis politiques à soutenir clairement et explicitement un tel projet communiste. Ce serait de nature, en effet, à éclairer et à simplifier le débat politique en France. Mais il se trompe lourdement quand il pense que ce serait aussi de nature à opposer la gauche à la droite, en tout cas, s’agissant de cette dernière, à la fausse droite qui nous gouverne depuis trente ans.
Car l’utopie politique esquissée, avec une franchise désarmante, par Jacques Attali, est, dans les faits, concrètement, aussi bien mise en œuvre par notre fausse droite que par nos socio-démocrates.
Et, si l’on veut bien observer le débat politique, les propositions des uns et des autres ainsi que les décisions prises par ceux qui nous gouvernent, au travers du prisme de ce communisme concret, on est amené à constater qu’il progresse presque chaque jour !
En lever de rideau, Jean-Louis Borloo, nouveau ministre de la cohésion sociale, vient de nous donner un avant-goût de ce que sera l’esprit du plan qu’il fera connaître à la rentrée de septembre, en annonçant, il y a quelques jours, que les locataires de logements sociaux ne payant pas leur loyer, ne seraient plus expulsés, à la seule condition d’être « de bonne foi ». Comme dit l’autre, c’est un « message fort ». Bientôt, ceux qui paient encore leur loyer rubis sur l’ongle se considéreront eux-mêmes comme de simples imbéciles. Un pas de géant vient d’être accompli sur le chemin lumineux du logement gratuit pour tout le monde.
On objectera que la mesure annoncée par M. Borloo ne concerne que le parc dit « social ». Mais celui-ci représente déjà plus de la moitié du parc locatif et notre Président de la République n’a de cesse de faire en sorte qu’il s’étende toujours plus. Il a d’ailleurs « promis » que 80 000 nouveaux logements sociaux seraient construits à partir de cette année. Dans le même temps, on décourage l’investissement locatif privé, ou plutôt, tandis qu’on dit vouloir le favoriser avec quelques carottes fiscales, on le dissuade avec une jurisprudence qui aboutira bientôt  à un droit absolu au maintien dans les lieux pour tout locataire, « de bonne foi », bien sûr…
Dans son article de « L’Express », Jacques Attali cite également les secteurs de la culture et de l’éducation. Dans ces deux secteurs, la gestion collectivisée, de type communiste, version anarchisante pour le premier, version autoritaire pour le second, est quasiment achevée. D’ailleurs, les revendications des professionnels intéressés portent davantage sur la défense des systèmes tels qu’ils sont plutôt que sur leur transformation.
C’est cette collectivisation généralisée et toujours plus poussée, étendue à des domaines toujours plus nombreux, qui est le véritable projet politique des politiciens qui nous gouvernent, tous issus ou presque de la fonction publique. C’est une forme de communisme, à développement lent mais inexorable. Il se construit chaque jour. Sans révolution apparente. Avec de simples inflexions. Comme celles annoncées lundi soir par Philippe Douste-Blazy concernant la réforme de la Sécurité sociale. Qui vont toujours dans le même sens : davantage de contrôles et moins de liberté (voir aussi l’éditorial page 1).

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