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Avec Chirac et Raffarin, la France s’enfonce dans l’étatisme, autant qu’avec les socialistes !


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Dumait Alain - samedi 06 mars 2004


Face aux assauts permanents des bénéficiaires de tous poils du tentaculaire secteur public français - non seulement les fonctionnaires, les personnels à statut, mais aussi les bénéficiaires d’allocations, de subventions, les preneurs d’otages et les rançonneurs… - Jean-Pierre

Raffarin fait de la résistance. Il promet des réformes pour demain (maintenant, c’est pour après les élections régionales), et il sait, avec un certain art, prendre l’opinion à témoin qu’il ne peut faire plus, que sans lui, ce serait pire...

À sa décharge, il faut reconnaître que le Premier ministre, à supposer qu’il le veuille, ne peut certainement pas engager de profondes réformes sans être soutenu à la fois par une majorité parlementaire et par le Président de la République dont il tient sa légitimité. Et l’on sait que Jacques Chirac n’est partisan de réformer que lorsqu’il est trop tard…

Le discours de Jean-Pierre Raffarin a beau être volontariste, son action politique est immobiliste. Toutes les réformes engagées l’ont été soit sous l’effet d’une urgence impérieuse (exemple de la réformette du financement des retraites), soit, plus souvent, sous l’effet de contraintes extérieures, en particulier celles résultant de l’Union européenne et visant à dynamiter progressivement tous les monopoles publics. Et encore, systématiquement, ces inéluctables bouleversements sont-ils introduits à la fois a minima et le plus tard possible.

Ce n’est pas parce que le Premier ministre est, chaque jour, accusé par ses adversaires socialistes de mener une politique ultra-libérale, épithète qui se veut insultante, que la politique réelle qu’il mène est libérale en quoi que ce soit. Car, hélas ! les chiffres parlent et disent exactement le contraire.

Le gouvernement, par l’intermédiaire de l’Insee, Institut national de statistiques et d’études économiques, et parce qu’il y est obligé, vient en effet de notifier à la Commission européenne les chiffres-clés de l’état des finances publiques françaises pour 2003. La France a le record européen du déficit public qui, l’an dernier, a atteint 4,1 % du Produit intérieur brut, ce qui veut dire que près de 20 % des dépenses publiques de l’État ont été financées non pas par des recettes fiscales mais par un surcroît d’emprunts. Du coup, la dette publique, qui représentait déjà 58,8 % du PIB en 2002, a été portée à 63 % de cet agrégat. En valeur absolue, elle dépasse désormais nettement les mille milliards d’euros.

Les discours sont des mots.

Les chiffres sont des réalités.

Sans une petite astuce comptable, mettant à contribution l’entreprise nationale Électricité de France, les résultats eussent été encore pires. Et c’est en ayant recours à d’autres astuces que le gouvernement compte améliorer ses résultats, en 2004 et en 2005. Raffarin a l’intention de faire comme Balladur en 1995. Celui-ci avait transféré sur les comptes de l’État la charge du paiement des retraites des salariés de France Telecom, avant que cette entreprise soit privatisée, moyennant une soulte immédiatement versée au budget de l’État. La même opération va être effectuée dans quelques mois avec EDF. Ce qui permettra en effet de réduire le déficit public mais ce qui, en contrepartie, évidemment, accroîtra les engagements de l’État. Sauf que ces engagements-là ne sont pas comptabilisés. Ils sont comme « hors bilan ». Là réside toute l’astuce…

L’augmentation, continue depuis trente ans, de la dette publique est une des caractéristiques les plus préoccupantes de la gestion des finances publiques car ce sont autant d’impôts différés qui devront être payés par les générations futures, nos enfants et nos petits-enfants, et sans doute au prix fort car si l’inflation demeure maîtrisée, il n’est pas sûr que les taux d’intérêt restent encore longtemps aussi bas qu’ils le sont.

Parallèlement, et c’est la deuxième caractéristique très inquiétante du bilan de la politique de gestion des finances publiques menée par ce gouvernement : l’étatisation a encore progressé en 2003. Dans un communiqué en forme de bulletin de victoire publié le 20 février, le gouvernement, toujours via l’Insee, s’est réjoui d’avoir su éviter une récession en 2003, une petite progression de 0,2 % du PIB ayant été constatée sur l’ensemble de l’année.

Selon la doctrine économique officielle, la récession a été évitée « grâce aux dépenses publiques », les dépenses de consommation de l’État ayant, en effet, sur l’année, augmenté en volume de +2,4 %. Mais cela veut dire aussi que la part des dépenses publiques par rapport au PIB a encore augmenté. Cela veut dire que le revenu disponible réel des Français a encore diminué. Cela veut dire qu’en 2003, les Français ont encore davantage travaillé pour l’État qu’au cours des années précédentes. Du coup, selon les calculs de Contribuables Associés, le jour de libération des contribuables va encore reculer de trois jours et ne sera fêté cette année que le 17 juillet !…


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