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Ayan Hirsi Ali : le second assassinat de Théo Van Gogh


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Milliere Guy - mercredi 24 mai 2006


Il s’est passé voici quelques jours des choses extrêmement graves aux Pays-Bas. Ce qui est inquiétant est que ces choses n’aient suscité aucune réaction politique au niveau de l’Europe, ni chez ceux qui prétendent être de grandes « consciences » intellectuelles. Ce qui s’est passé montre que le crépuscule avance sur ce vieux sous-continent qui incarna, autrefois, les valeurs de la civilisation occidentale. Une femme est sur le point de quitter les Pays-Bas, et l’Europe, pour trouver refuge aux États-Unis. Cette femme s’en va parce qu’elle est chassée de son pays, et de fait chassée d’Europe. Son crime ? Elle est née musulmane. Elle a renoncé à sa religion et a combattu, depuis, l’islam radical. Elle s’appelle Ayan Hirsi Ali, n’est pas connue en France, son histoire non plus.

Ayan Hirsi Ali est née en Somalie, elle y a subi les pires violences. Promise à un mariage forcé, elle s’est évadée et a reçu le droit d’asile en terre néerlandaise. Engagée politiquement, elle est devenue députée d’un parti de centre-droit, le Parti du Peuple pour la Liberté et la Démocratie (V.V.L.). Elle s’est battue contre l’intégrisme islamiste, elle a dénoncé les flux migratoires incontrôlés, l’absence d’assimilation des immigrants musulmans. Elle a travaillé avec Théo Van Gogh pour le film « Soumission ». Ce film a valu des menaces de mort, puis l’assassinat de Van Gogh. Il a valu des menaces de mort aussi à Ayan Hirsi Ali qui, depuis, vit sous protection policière. Il semble qu’après avoir résisté aux pressions islamistes, les Pays-Bas aient fini par céder, et par choisir une voie où la lâcheté et la soumission préventive se mêlent. Il y eut, d’abord, une plainte déposée par les voisins d’Ayan Hirsi Ali demandant qu’elle soit expulsée de son logement sous prétexte qu’il est dangereux de vivre à proximité d’une personne menacée : quels braves voisins ! (Sont-ce les descendants de ceux qui ont dénoncé aux nazis la famille d’Anne Frank ?). Le tribunal a donné raison aux plaignants et prononcé un arrêté d’expulsion, et a précisé que la présence d’Ayan Hirsi Ali constituait un trouble à l’ordre public. Même les dirigeants du V.V.L. n’ont rien trouvé à redire. C’était un signe fort. La suite semblait écrite d’avance. Lors d’une émission d’actualité à la télévision, des journalistes ont demandé comment Ayan Hirsi Ali est arrivée aux Pays-Bas : elle était réfugiée, bien sûr, mais arrivait-elle directement de Somalie ? Ses déclarations de l’époque étaient-elles toutes exactes ?

Conclusion de l’enquête journalistique : Ayan Hirsi Ali était bien réfugiée, mais il y avait des lacunes et des contradictions dans ses déclarations. Conclusion supplémentaire : on n’aurait pas dû l’accepter en tant que réfugiée. Le fait qu’elle ait, au fil des ans, fait bien davantage que prendre la nationalité néerlandaise, le fait qu’elle soit devenue une femme politique au renom international et au courage exemplaire, le fait qu’elle se soit battue pour la civilisation et la société dont elle est devenue membre n’ont pas compté et sont devenus, presque, des circonstances aggravantes. La présidente du V.V.L., Rita Verdonk, qui se trouve être aussi Ministre de l’immigration dans le gouvernement n’a pas hésité et s’est mise à dénoncer Ayan Hirsi Ali. Elle parle de la déchoir de sa nationalité. Partir, pour celle-ci, est devenu la seule solution. Heureusement pour elle, il reste sur la planète un grand pays libre et fort. Ayan Hirsi Ali s’est voulu néerlandaise et européenne. Elle a fini par le découvrir, douloureusement : les Pays-Bas arrivent en fin de parcours, leurs journalistes et leurs dirigeants se prosternent en tremblant devant leurs futurs maîtres. Le reste de l’Europe, en ne réagissant pas, montre que c’est sans doute pour l’Europe entière que la fin de parcours approche. Le fait qu’aucun dirigeant musulman en Europe n’ait évoqué cette affaire mène à s’interroger sur la réalité de l’islam modéré en Europe. Il m’est arrivé de dire en plaisantant que, lorsque le Proche-Orient sera débarrassé de l’islam radical, celui-ci existera encore dans les banlieues de Paris, Bruxelles, Londres ou Rotterdam. Je crains d’avoir un jour à répéter ces mots sans que ce ne soit plus une plaisanterie. Parlant de cette affaire, un journaliste du « Times » écrivait que Théo Van Gogh venait d’être assassiné pour la seconde fois, avec l’assentiment du peuple néerlandais et des autres Européens. Je ne saurais mieux dire.


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