Lance Pierre - dimanche 17 juillet 2005
J'ai commencé cet article le 6 juillet, en apprenant que le Comité des Jeux olympiques avait, contre toute attente, élu la cité de Londres pour les recevoir en 2012. Quoique ces Jeux ne figurent pas dans mes priorités, j'étais ulcéré par la façon agressive dont Tony Blair avait fait le siège des délégués. Mais tandis que je m'apprêtais à fustiger M. Blair d'une plume vengeresse, les attentats islamistes déferlèrent sur la capitale anglaise. Devant une telle agression, qui vise à tuer le plus possible de civils, y compris femmes et enfants, il va sans dire que la plus totale solidarité doit se manifester entre nations civilisées. Aucune cause au monde ne peut justifier une si aveugle cruauté, a fortiori si elle se prétend “religieuse” et au service d'un dieu qualifié de “clément et miséricordieux” en tête de chaque sourate du Coran (ce que le texte ne cesse de démentir, il est vrai). Les extrémistes islamistes savent parfaitement que 80 % des Anglais étaient opposés à la guerre irakienne de Bush et Blair, comme l'étaient 80 % des Espagnols, 80 % des Italiens… On pourrait donc concevoir qu'ils veuillent exécuter les chefs d'État autocratiques qui ont entraîné leurs nations dans une guerre totalement stupide, au mépris de la volonté des citoyens. Mais que ce soit précisément ces citoyens pacifiques qu'ils massacrent (parmi lesquels des musulmans, inévitablement) ajoute à l'horreur l'ineptie et l'iniquité. Et bien entendu la lâcheté, car il est évidemment plus risqué de préparer un attentat contre un chef d'État que de placer des bombes dans des rames de métro et des autobus. Après la tragédie du 11 septembre 2001, Bush et Blair ont prétendu vouloir combattre le terrorisme islamiste. Et qu'ont-ils fait ? Ils ont attaqué les Talibans d'Afghanistan. D'accord, puisqu'ils abritaient Al Quaïda. Mais ensuite ils ont attaqué l'Irak, qui n'avait strictement aucune responsabilité dans les attentats. Que Saddam Hussein ait été un tyran détestable, nul ne le conteste. Mais s'il fallait attaquer tous les pays gouvernés par des despotes, l'Afrique et l'Asie seraient en grande partie à feu et à sang. Maniant le mensonge et la fourberie, Bush et Blair ont inventé de toutes pièces des “armes de destruction massive” irakiennes dont nul n'a jamais trouvé trace, et pour cause. Ils ont trompé le peuple américain, en exploitant sans vergogne le traumatisme causé par l'effondrement des tours de Manhattan. Ils ont essayé de tromper les peuples anglais, espagnol, italien et tous les autres, mais y ont échoué, devant se contenter de subjuguer des gouvernants faussement démocrates comme Aznar ou Berlusconi. Et voici Bush et Blair embourbés dans une guerre dont on ne verra jamais la fin et qui, bien loin d'affaiblir le terrorisme islamiste, lui a fourni des prétextes à foison et des recrues en masse. Or on doit combattre le terrorisme sur son terrain clandestin, et non par des guerres ouvertes qui font des milliers de victimes au hasard. Si les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient attribué à leurs services secrets le quart seulement de l'argent qu'ils dilapident en Irak, ces services seraient probablement déjà venus à bout du terrorisme. (Et je rappelle que les services français du renseignement font un travail de premier ordre, très apprécié de leurs collègues américains et britanniques avec lesquels ils collaborent sans restriction.) Maintenant, je vais quand même vous parler des Jeux olympiques. Il est entendu que les terroristes ont voulu frapper la réunion du G8. Mais il est probable qu'ils ont voulu en même temps démontrer que Londres n'était pas une ville capable d'assurer la sécurité des sportifs internationaux si les Jeux devaient s'y dérouler. Je pose donc une question incontournable : Si le vote du Comité olympique avait lieu aujourd'hui, Londres serait-elle choisie ? Tony Blair s'est livré à Singapour à des manœuvres de séduction et de harcèlement parfaitement indignes d'un chef d'État. Il a voulu parler en tête-à-tête avec chacun des membres du Comité considérés comme “hésitants” afin de les subjuguer (par quelles promesses corruptrices ?) et je ne comprends pas que les dirigeants olympiques se soient contentés de protestations symboliques au lieu de flanquer M. Blair à la porte. (Mais je subodore que son ami Bush lui a donné en sous-main le soutien de l'influence américaine.) Je crois en tout cas que le Maire de Paris serait fondé à exiger la disqualification de la candidature londonienne, eu égard à la conduite inqualifiable du Premier ministre britannique. Mais, bien sûr, après les attentats du 7 juillet, ce n'est pas une démarche aisée. Sans y renoncer pourtant, il faudra attendre que l'émotion retombe, tout en diligentant une enquête.
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