Sadot Philippe - mardi 25 avril 2006
La presse algérienne a dénoncé samedi dernier une campagne « haineuse » de la droite française contre l’Algérie à l’occasion du séjour du numéro un algérien Abdelaziz Boutéflika à l’HIA du Val-de-Grâce de Paris.
Ainsi, relevant « l’insoutenable légèreté de la droite française », le quotidien El Watan précise qu’il est évident que Jean-Marie Le Pen « et autres nostalgiques de l’Algérie française ne ratent pas une si belle occasion pour tenir des propos racistes et extrêmement exécrables à l’encontre de l’Algérie ». « C’est avec une affligeante délectation que les leaders d’opinion français ont emboîté le pas haineux de Le Pen pour dénicher une contradiction de Boutéflika sur le génocide colonial et sa visite médicale au Val-de-Grâce », écrit la Dépêche de Kabylie.
Mais résumons les faits. La France a commis un « génocide de l’identité » durant la période française du territoire d’Afrique du Nord de 1830 à 1962, avait lancé le président Boutéflika lors d’un voyage à Constantine. Ce n’est pas la première fois que Boutéflika s’en prend ouvertement à notre pays et sa présence dans cette terre d’Outre-Méditerranée. Pour la gouverne de ce membre du Front de Libération Nationale (FLN), je lui rappellerai humblement que le président de Gaulle, avant de donner « clefs en mains » nos départements algériens à ses sbires avait lancé le 3 octobre 1958 le Plan de Constantine afin de prendre les mesures « propres à permettre que dans un délai de cinq ans, ce pays si vivant et si courageux […], soit profondément transformé ». Prévu au départ sur cinq ans, le projet se termine fin 1961, quand le gouvernement parisien décide de brader l’Algérie. Sur trois ans d’application deux succès peuvent être mis en relief : en ville sur 210 000 logements prévus sur cinq ans, 96 000 sont déjà, réalisés en 1961 ; pour cela les crédits du Trésor métropolitain sont passés de cinquante millions de francs en 1958 à 170 millions en 1961 ! Le second point positif fut la scolarisation des jeunes musulmans ; alors qu’à la rentrée 1959, moins de 30 % des enfants musulmans en âge de l’être sont effectivement scolarisés, la proportion s’élève à plus de 38 % à la rentrée de 1961 !
Il est étonnant que notre ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy n’ait pas osé rétorquer cela lors de sa visite à Alger à cet ancien « massacreur » qui n’en est donc pas à sa première diatribe contre notre pays et ce, toujours sans réaction de notre diplomatie ou du Chef de l’État.
Lors de la venue de Jacques Chirac en 2003 à Alger, son homologue Boutéflika refuse de serrer la main à notre Ministre des Anciens Combattants Hamlaoui Mekachera, ancien harki ! En mai 2005, un représentant de notre république assiste aux commémorations algériennes de la répression de Sétif durant lesquelles on fustige notre présence dans cette région ! Et toujours pas de réactions officielles pour l’honneur du pays !
Ce déséquilibre ne fait pas l’honneur de nos dirigeants et de nos médias qui relèvent seulement à demi-mots ces attaques préméditées. Notre président soucieux de signer avant 2007 le Traité d’amitié entre la France et l’Algérie semble ignorer qu’avant d’être amis, il faut mettre à plat nos rancunes, mutuellement.
Or, le gouvernement algérien occulte volontairement les aspects négatifs de son passé. En effet, Boutéflika dirigeait en juillet 1962 l’entrée de l’Armée de Libération Nationale à Oran (ALN, bras armé du FLN) qui enleva et massacra plus de 3 000 Pieds-Noirs (avec l’assentiment tacite de Paris et de De Gaulle d’ailleurs !). C’est encore le FLN qui envoya à la mort, et souvent horriblement, plus de 100 000 harkis (idem pour les réactions parisiennes). Alors que Paris accorde l’autorisation à des anciens terroristes (Boutéflika compris) du FLN d’entrer librement sur notre sol, Alger interdit toujours aux partisans de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) et harkis de revenir sur cette terre qu’ils ont âprement défendue…
Enfin, je terminerai ce catalogue par le massacre de Melouza en 1957 perpétré par le FLN sur plusieurs centaines de compatriotes musulmans hostiles aux positions de ce parti… La diplomatie ne doit pas rimer avec la bassesse. Ce n’est pas de cette manière que nous empêcherons les Américains de pénétrer le marché pétrolier algérien, les Chinois de s’implanter massivement dans l’immobilier ou les Russes dans l’armement… Seul un État fier et fort peut se targuer d’une diplomatie digne de ce nom ; les Français et leurs dirigeants en ont-ils vraiment la volonté… ?
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