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Bastiat, la Pologne et la francophonie


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Courrier - jeudi 24 décembre 2009

economie, liberalisme
L’association libérale polonaise PAFERE (Polish-American Foundation for Economic Research and Education) a organisé à Varsovie un colloque consacré à Frédéric Bastiat pendant tout le week-end des 19 et 20 septembre. Il y avait un orateur français (moi-même), deux orateurs américains, et 8 orateurs polonais, dont 5 professeurs d’université.

Il y avait une centaine d’auditeurs polonais de tous âges, avec toutefois une majorité de jeunes, pour la plupart étudiants.
Environ quatre vingt comprenaient l’anglais ; sept ou huit seulement le français. Il était prévu que les orateurs américains et moi parlerions anglais et qu’il y aurait une traduction simultanée de l’anglais en polonais.

Comme il s’agissait d’honorer un Français, les organisateurs avaient eu la bonne idée de demander à l’Institut Français de Varsovie s’il accepterait que le colloque soit tenu dans son prestigieux bâtiment.
Après quelques coups de téléphone donnés à Paris pour savoir qui était ce Bastiat, l’Institut accepta aimablement de mettre son établissement à la disposition de PAFERE, mais à une condition :
conformément à la loi liberticide d’un certain Toubon, l’orateur français devrait s’exprimer en français. L’Institut se faisait fort d’assurer la traduction simultanée, en anglais et en polonais.

Cependant, peu de jours avant le colloque, je reçus un courrier de l’organisateur m’informant que l’Institut n’avait pu trouver les deux traducteurs en question pour le dimanche où je devais parler et acceptait donc que je fasse ma conférence en anglais.
À quelque chose malheur est bon : j’ai pu ainsi éviter un gaspillage des deniers publics à mes compatriotes contribuables.

Le degré d’intérêt du public, la profondeur des connaissances des orateurs sur Frédéric Bastiat étaient impressionnants. En France, il aurait été certainement très difficile d’intéresser une centaine de personnes pendant tout un week-end sur Bastiat et de trouver 5 professeurs d’université français pour parler de lui sans redondance.

Certes, Jacques Garello l’avait fait à Aix en 2001, mais c’était pour le 200e anniversaire de la naissance de Bastiat et dans le cadre d’une université d’été annuelle qui avait son public attitré.

En Pologne la difficulté n’était apparemment pas de trouver les 5 professeurs, mais plutôt de choisir parmi tous ceux qui pouvaient parler de Bastiat sans en vexer aucun.

L’une des rares personnes qui parlaient français, un entrepreneur francophile qui avait contribué au financement du colloque, est venu m’entretenir pendant la pause-café de son amour pour Bastiat. Je lui ai dit que beaucoup de mes compatriotes croyaient encore que les Polonais cultivés parlaient notre langue.
Comment se faisait-il qu’il y en ait en réalité aussi peu aujourd’hui ?

« C’est la faute des Français, me répondit-il du tac au tac. Les gens apprennent la langue la plus utile dans leurs rapports avec les étrangers.

Si les Français avaient suivi les enseignements de Bastiat, la France serait toujours la première puissance économique du monde et le français serait toujours la langue universelle!… »

Jacques de Guénin
Président du Cercle Frédéric Bastiat

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