Rouxel Jean - mercredi 07 mars 2007
elections-presidentielles, bayrou
À la stupéfaction générale, François Bayrou a bondi sur l’avant-scène en quelques sondages, s’imposant comme le « troisième homme » à la place de Jean-Marie Le Pen - qui pourrait ne pas obtenir ses 500 signatures. Bayrou se croit présidentiable. En 2006, il se situait au-dessous de 10 %, souvent autour de 6-7 % : à l’UMP, on ne le prenait pas au sérieux. Mais de début janvier à fin février 2007, il a grimpé de 6 à 17 % dans les sondages du CSA, de 10 à 18 % dans ceux d’Ipsos et de 12 à 19 % à l’Ifop.
Bayrou exploite le besoin de changement d’électeurs ayant tout essayé et ayant toujours été déçus. Désespérant des autres candidats, ils convergent vers lui. Comme sous la IVe République – que pour la plupart ils n’ont pas connue – ils essaient toutes les combinaisons, même les moins crédibles. Et la combinaison Bayrou l’est très peu. Son discours est contradictoire et inconsistant. Il prétend réformer la France alors qu’il s’est montré incapable de réformer l’Éducation nationale, dont il fut ministre. S’ingéniant à brouiller les cartes il ne se situe « ni à gauche ni à droite », mais « ailleurs ». Il professe que la réponse au malaise des Français, ce n’est pas le clivage droite gauche, mais l’ouverture et la diversité. Il focalise le débat sur les grands médias en les accusant sans relâche de privilégier le tandem Ségolène Royal-Nicolas Sarkozy.
Une présidentielle se joue dans les trois dernières semaines. Selon un sondage Ifop-Paris Match du 26 février, 62 % des électeurs de Bayrou déclarent « pouvoir encore changer d’avis », une proportion beaucoup plus importante que pour Royal (47 %) ou Sarkozy (41 %).
La percée de Bayrou déporte Sarkozy plus à droite qu’il ne le voudrait, contrariant la volonté d’ouverture exprimée dans son discours d’investiture à l’UMP, le 14 janvier dernier.
Si Bayrou envoie des signes de connivence à la gauche, comme la promesse de nommer un Premier ministre socialiste modéré, ses propositions sont ancrées au centre-droit. Son électorat est un peu plus issu de la droite et du centre que de la gauche. Il essuie de sévères critiques de la part du PS comme de l’UMP, de nature à faire douter de sa capacité à imposer une convergence entre droite et gauche modérées. En fin de parcours, le clivage droite gauche reprendra ses droits. Bayrou devra choisir son camp et se prononcer ensuite sur les reports de voix au second tour. Le fond s’imposera : l’UDF est plus proche de l’UMP que du PS.
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