Thieulloy (de) Guillaume - mardi 16 septembre 2008
religion
Même si la plupart des médias (à l’exception notable de France 2) lui ont accordé l’importance d’un fait divers ou d’un concert de rock, l’événement politique de la semaine, dans notre pays, a été la visite du pape Benoît XVI.
Naturellement, l’événement ne fut politique que par ricochet. L’objectif était bien une visite apostolique du Successeur de Pierre à l’Église de France, en si mauvais état, malgré les signes frémissants d’un renouveau. Et aussi de fêter sur place les 150 ans des apparitions de Lourdes. Objectifs religieux donc, mais aux résultats également politiques.
Du ce point de vue, nous pouvons retenir au moins trois axes principaux : la définition d’une laïcité positive, sur laquelle Benoît XVI et Nicolas Sarkozy paraissent assez largement d’accord ; le rappel des origines chrétiennes de l’Europe ; et la continuation du fameux discours de Ratisbonne, sur les rapports entre foi et raison.
À propos de la question de la « laïcité positive » (expression employée par Nicolas Sarkozy lui-même), le pape s’est réjoui, lors de son discours à l’Élysée du nouveau visage des relations Église-État dans notre pays. Et il faut reconnaître que nous avons fait d’impressionnants progrès depuis le sectarisme laïcard d’un Chirac. « Il est en effet fondamental, a rappelé Benoît XVI, d’une part, d’insister sur la distinction entre le politique et le religieux, afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l’État envers eux, et d’autre part, de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu’elle peut apporter, avec d’autres instances, à la création d’un consensus éthique fondamental dans la société. »
L’Église elle-même a évolué sur ce sujet. Certes, elle a toujours, au moins en principe, affirmé la légitimité de la distinction entre spirituel et temporel ; mais, dans le contexte post-révolutionnaire, chacun sait qu’elle insistait davantage sur leur union nécessaire, que sur leur distinction. Après 200 ans de conflit plus ou moins ouvert, arrivons-nous à une paix durable ? L’avenir le dira, mais il n’est pas interdit d’espérer !
Sur la question des racines chrétiennes de l’Europe, également, les convergences entre le président et le pape sont frappantes. Benoît XVI s’est d’ailleurs contenté à ce sujet de citer le discours du Latran de son interlocuteur. Là encore, si l’on songe à l’unanimité Chirac-Jospin contre lesdites racines, on mesure le chemin parcouru. Il n’est cependant pas inutile de rappeler que ces racines ne sont pas exclusives d’autres. Et qu’en particulier, elles voisinent, tout spécialement dans l’esprit de Joseph Ratzinger, très attaché à la pensée grecque, avec la philosophie d’Athènes. Nos mères, comme on disait naguère, sont bien, ensemble, Jérusalem, Athènes et Rome. Il est d’ailleurs important de signaler que l’un des aspects des racines chrétiennes de l’Europe – et non le moindre – tient à la conservation et à la transmission, par Byzance et par les monastères d’Occident, du patrimoine culturel gréco-latin.
Là aussi, Benoît XVI insiste depuis son accession au pontificat, et même avant, sur cet aspect déterminant. On sait que c’était d’ailleurs un point important de son discours de Ratisbonne, dans lequel il affirmait qu’aucune « inculturation » du christianisme ne pourrait faire fi de ce que le message évangélique avait d’abord été transmis et reçu en grec.
Et, précisément, de ce discours de Ratisbonne, l’allocution aux Bernardins de vendredi 12 septembre a constitué une sorte de suite.
On avait trop compris ce discours comme un discours anti-islamique, mais en le lisant calmement, loin des polémiques, on peut constater qu’il s’agissait en fait d’un « Éloge de la raison » (pour paraphraser Érasme). Car la raison est le reflet du Logos, qui est simultanément pour la foi catholique le Verbe incréé de Dieu et la sagesse des philosophes (comme le dit le concile Vatican I, les vérités naturelles ne peuvent s’opposer aux vérités de la Révélation).
Dans une situation de pluralisme, comme celle que nous connaissons, il n’existe que deux façons de faire l’unité entre les hommes : soit ce que la philosophie contemporaine appelle l’éthique procédurale (dans laquelle on « négocie » en permanence entre les différentes traditions pour parvenir à une unité éphémère, infondée et où l’on peut parfois donner des boucs émissaires au corps social, comme les Juifs sous le IIIe Reich), soit la recherche du Logos. C’est cette voie que Benoît XVI préconise, contre tout relativisme ; c’est aussi la voie qui me semble la plus solide !
22 commentaires - Ecrire un commentaire
|