Rouxel Jean - mercredi 23 avril 2008
religion, islam
La France a toujours une forte tendance à se regarder le nombril et à ignorer le reste du monde. Parmi les événements majeurs de la semaine, dont les médias français n’ont guère parlé, figure la visite du pape Benoît XVI aux États-Unis, dont nos journaux n’ont retenu que le scandale des prêtres pédophiles.
Or, au plan géopolitique, ce voyage est d’une grande importance : il confirme la forte convergence entre l’administration Bush et le Vatican, sur un certain nombre de sujets.
Naturellement, la situation en Irak reste une pomme de discorde – mais beaucoup moins qu’il y a cinq ans, puisque le Vatican admet volontiers que la présence américaine est aujourd’hui un moindre mal.
Mais, sur bien d’autres sujets, Bush et Benoît XVI semblent en accord profond. Tout d’abord, bien sûr, sur la question de la vie et de la famille. On sait que le Président américain avait gagné l’élection notamment sur ce thème. La réception triomphale (et tout à fait impressionnante par rapport aux « standards » des visites d’État) confirme cette convergence. Peut-être s’agit-il également d’un petit coup de pouce au candidat républicain peu connu pour être en phase avec l’électorat républicain sur ces questions…
Mais, surtout, il est intéressant de remarquer les convergences sur le « choc des civilisations ». Comme Bush, Benoît XVI souhaite travailler à l’émergence d’un islam éloigné des tentations radicales et mûr pour les discussions rationnelles avec les autres civilisations. C’était le sens de son discours de Ratisbonne. C’est également le sens probable du baptême qu’il a conféré à Magdi Allam, musulman italien, dans la nuit de Pâques. Il s’agissait ici de montrer que la liberté de changer de religion était décisive pour un dialogue apaisé des civilisations.
Et c’est également ce qu’il a été dire à la tribune de l’ONU, chantant les louanges de la liberté religieuse. Ceci s’entend à la fois contre l’islam radical et contre la laïcité agressive que certains pays d’Europe connaissent.
Reste à savoir si une réponse favorable viendra du monde islamique. Reste également à savoir si cet accord de plus en plus visible au sein du monde occidental sur la liberté religieuse ne risque pas de cristalliser, paradoxalement, le « choc des civilisations », en en faisant non plus une croisade du christianisme contre l’islam, mais une croisade de la liberté contre l’islam. En tout cas, dans ce débat sur le dialogue des civilisations se joue une partie décisive de notre avenir et l’on comprend mal que la presse française l’ignore…
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