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Bercy épinglée : début de la vraie révolution ?


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Audabram Pierre - mercredi 01 février 2012


La nouvelle est rapportée, en quelques lignes à peine, dans le n° 283 de « Challenges » du 12 janvier : la Cour des comptes épingle les services d’élite de Bercy.
L’information, à première vue, peut paraître anodine, mais on aurait bigrement tort de sous-estimer son importance. Il semble bien qu’il s’agisse d’une première.

Qu’en est-il exactement ? Je crains que nous ne le sachions jamais.
Peut-être qu’à la faveur de la marche forcée vers le fédéralisme européen, l’administration en cause s’est scindée en deux camps : celui qui est pour, et celui qui est contre, bien conscient de la perte progressive de son pouvoir. Il n’en faudrait pas plus pour déclencher une séance de croche-pieds…

Quoi qu’il en soit, le vrai pouvoir de la France s’en trouve fragilisé ! Car, dans notre pays, plus qu’ailleurs, la comédie politique ressemble à s’y méprendre à un théâtre de marionnettes : d’un côté les gentils, de l’autre les méchants et, de fil en aiguille, par la magie de la pièce, les spectateurs finissent par oublier que le vrai pouvoir occulte se trouve entre les mains du marionnettiste que l’on n’aperçoit jamais. En l’occurrence, celui-ci se trouve essentiellement concentré entre les mains des services de Bercy, la reine des administrations, puisqu’elle détient les sous qu’elle distribue selon son bon vouloir…

Alors, les étiquettes politiques, droite, gauche, démocratie, république, ne sont que des leurres présentés au peuple français qui, décidément, se complaît à se faire rouler dans la farine !

À l’appui de ce que je viens de dire, je voudrais rappeler une anecdote puisée dans l’excellent livre d’Alain Peyrefitte « Le Mal français » paru en 1976. L’au­teur y rapporte une entrevue entre le Général De Gaulle et Georges Séguy, alors secrétaire général de la CGT. Ce dernier, scandalisé par la situation des mineurs glaisiers, qui ne bénéficiaient d’aucune couverture sociale, contrairement à l’ensemble des travailleurs français, avait décidé de s’en ouvrir à De Gaulle, persuadé que les pouvoirs de celui-ci étaient sans limite. Le chef de l’État s’empressa de le rassurer : il promit qu’il mettrait tout en œuvre, afin que ce problème soit réglé dans les meilleurs délais. C’était, selon lui, une chose entendue, une simple formalité. Georges Séguy repartit rassuré. Mais Alain Peyrefitte rapporte que, malgré tout le poids qu’il mit dans la bataille, le Général De Gaulle dut finalement s’avouer vaincu face à une administration toute-puissante, qui ne lui indiqua même pas les raisons de son opposition. Le chef de l’État, paraît-il, souffrit durement de cette humiliation, et les mineurs glaisiers continuèrent à travailler dans des conditions plus que précaires. Déjà à cette époque, le vrai pouvoir ne se trouvait ni à l’Élysée, ni à Matignon…

On ne s’étonnera plus que les inspecteurs généraux des finances puissent bénéficier de nominations prestigieuses dans les grands corps de l’État ou à la tête des fleurons de notre industrie !

L’article de « Challenges » fait état « des lacunes dans le ciblage, le pilotage et l’organisation des contrôles ». Est-ce nouveau ? Bien que convaincu que la raison d’État puisse parfois justifier quelques « aménagements » dans la conduite des contrôles, je ne m’aventurerai pas sur ce sujet. Mais j’ai découvert récemment le blog d’Henri Dumas, architecte, <www.temoignagefiscal.com>, dont le contenu, régulièrement actualisé, est édifiant, et ne laisse planer aucun doute sur les moyens employés par l’administration fiscale. Le lecteur entre dans un monde kafkaïen, dont les limites sont sans cesse repoussées, véritable antichambre de l’enfer sur terre.

Bien que la raison d’être de son blog soit de raconter son calvaire, qui dure depuis des années, on est étonné qu’Henri Dumas trouve encore en lui suffisamment d’énergie pour se permettre des digressions économico-philosophiques à couper le souffle. Nul doute que le gail­lard est rude et qu’il ne s’en laisse pas compter.
Il nous démontre, par exemple, et avec une précision chirurgicale, l’utilité de diviser les Français pour mieux les tenir en mains, ainsi que la nécessaire désignation de boucs émissaires (bien entendu les « riches » ou supposés tels).
Bercy serait-elle la nouvelle Bastille à prendre ?

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