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Bilan politiquedu pontificat de Jean-Paul II


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 05 avril 2006


jean-paul IISamedi 2 avril 2005, voici un an, mourait le premier pape polonais de l’histoire, Jean-Paul II. Dans la foulée, le 19 avril, son plus proche collaborateur, Joseph Ratzinger était élu sur le siège de Rome.

Un an après, quel bilan « politique » (même si la mission première d’un pontife romain est assez éloignée de la politique !) peut-on tirer du pontificat de Jean-Paul II, et du début de pontificat de Benoît XVI ?
On a beaucoup dit que le principal apport politique de Jean-Paul II avait été son rôle dans la chute du mur de Berlin. Il me semble qu’il faut nuancer cela de plusieurs manières. D’abord, il est loin d’être évident que le communisme soit réellement tombé : sans compter les centaines de millions de personnes encore sous le joug de gouvernements marxistes-léninistes, nous sommes obligés de constater que, dans bon nombre de pays de l’ex-Pacte de Varsovie, y compris en Russie, les dirigeants sont d’anciens apparatchiks non repentis.

Par ailleurs, la cause première de la chute du communisme ne tient pas aux coups de boutoir extérieurs, mais à sa faillite interne : incompatible avec la nature humaine, ce système ne pouvait tenir que par la terreur. Dès que les dirigeants soviétiques se mirent à douter de « l’utilité » de la terreur, le système s’écroula, notamment du fait de son échec économique patent.
Malgré cela, il est éclairant de mentionner le rôle de Jean-Paul II dans cette chute du communisme. Cela contribue d’ailleurs à expliquer les impératifs du nouveau pontificat. Le rôle de Jean-Paul II dans cette chute ne fut, bien évidemment, ni militaire, ni à proprement parler politique ; il fut de l’ordre du témoignage.

En portant témoignage de l’inhumanité du système soviétique, le pape slave portait, de fait, des coups mortels à ce système. Refusant d’entrer dans les débats pseudo-scientifiques sur les aménagements possibles de l’économie marxiste, il se contentait de rappeler que l’être humain n’est pas un matériau d’expérimentation sociale. En se référant à une norme morale dépassant les États, il portait l’une des condamnations les plus insupportables au régime.

Soljénistyne a dit quelque part que le système totalitaire contraignait tout le monde au mensonge, au moins par complicité. Mais un seul homme disant la vérité et refusant la compromission faisait se gripper toute la machine… Voilà ce qu’a fait, tout comme le grand écrivain russe, Jean-Paul II. Ce rôle de témoignage pourrait bien être celui que s’assigne son successeur. Mais, dans son cas, il s’agit du témoignage contre le relativisme où l’Occident risque de se perdre.

À force de dire, en effet, que toutes les cultures se valent, la plupart des Occidentaux ont fini par ignorer ce qui fit la supériorité de notre civilisation. Et il semble qu’une course de vitesse soit entreprise entre Occident et Islam (notamment : avant que l’Islam n’ait définitivement retourné contre nous notre propre relativisme, l’Occident découvrira-t-il des limites à ce relativisme ?).
Concrètement, géopolitiquement pourrait-on dire, il est clair que cette lutte contre le relativisme est un des axes dominants de l’administration Bush. De cette façon, que cela choque ou non, Benoît XVI est sans conteste l’un des meilleurs alliés de l’actuel Président américain (comme Jean-Paul II le fut en son temps de Reagan). Beaucoup d’observateurs ont d’ailleurs noté son traitement « différencié » de l’islam et du judaïsme. On se souvient, par exemple, qu’à Cologne, cet été, le pape fut accueilli en grande pompe à la synagogue, mais refusa l’invitation de la communauté musulmane, se contentant d’en recevoir les représentants auxquels il tint des paroles assez dures sur le terrorisme.

Après un pape oriental, nous avons donc un pape clairement enraciné en Occident et conscient des combats que l’Occident va avoir à mener dans les années qui viennent. Toute la question, et l’un des enjeux majeurs du pontificat, étant la définition de l’Occident (sous tutelle ou non des États-Unis, avec Israël ou non, enraciné dans le christianisme ou non…) !


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