Milliere Guy - dimanche 15 janvier 2006
À peine les nouvelles de l’attaque cérébrale dont Ariel Sharon a été victime étaient-elles tombées qu’une multitude de commentaires ont paru dans la presse et les médias français. « Israël retient son souffle », ont dit les uns. « Un coup dur porté au processus de paix », ont dit les autres. Des rappels du passé ont fini par affleurer : faucon, fut de tous les mots employés celui qui semblait le plus doux. On rappela, bien sûr, les massacres de Sabra et Chatila. Une journaliste sur une chaîne câblée lâcha même le qualificatif ultime : boucher. J’entends ici rester fidèle aux idées de droiture et d’éthique qui m’ont conduit à faire le travail que je fais avec opiniâtreté. Ce que j‘ai à dire ne plaira ni aux antisémites (pardon, j’oubliais qu’il faut dire antisionistes de nos jours) ni aux islamistes et à leurs compagnons d’errance. Mais je me dois de le dire. Ariel Sharon est à mes yeux un très grand homme, l’une des plus grandes figures d’Israël. Bien davantage que de nombreux autres, il a su ce qu’était le visage hideux de la haine et du fanatisme. À l’âge de quatorze ans, il se battait déjà pour son peuple et pour la liberté, les armes à la main, face aux sbires du très nazi grand mufti de Jérusalem. Il fut l’un des héros de la guerre que le jeune État nouveau-né dut mener en 1948 contre des armées arabes très supérieures en nombre et imprégnées de volontés exterminationnistes. Il fut ensuite de tous les combats pour la survie d’Israël et joua un rôle particulièrement glorieux lors de la guerre de 1973, alors qu’attaqué traîtreusement pendant la fête religieuse de Kippour, l’État juif avait un instant vacillé. Si la France n’était intervenue in extremis, Sharon aurait pu mettre fin à la carrière d’Arafat dès 1982, lors d’une campagne menée au Sud-Liban, occupé à l’époque par les milices de l’OLP. S’il n’a pu, alors, débarrasser le monde de l’inventeur du terrorisme moderne, Sharon peut néanmoins être crédité de l’avoir contraint à l’exil, en Tunisie. Et on ne peut que regretter que des politiciens européens et américains aient eu la malencontreuse idée, une décennie plus tard, dans le cadre du « processus d’Oslo » de faire revenir l’exilé en Cisjordanie et à Gaza, avec les résultats sanglants que l’on sait. Ariel Sharon a été le grand artisan de la politique d’implantation d’Israël en Cisjordanie et à Gaza, des territoires promis aux juifs par la déclaration Balfour, conquis par l’Egypte et la Jordanie en 1948, puis perdus par ces deux derniers pays dans le cadre d’une guerre qu’ils avaient déclenchée. Rien dans aucune loi ne stipulait que, sur des terres perdues par les agresseurs, les agressés n’avaient ni le droit de vivre ni d’occuper des positions indispensables pour la sécurité de leur pays. Quand la paix fut signée avec l’Egypte, et qu’il devint possible de tracer une frontière convenant aux deux parties, cette frontière fut tracée, et Sharon fut de ceux qui assurèrent la mise en œuvre de l’accord de paix. La Jordanie signa la paix elle aussi, un peu plus tard. Quand il devint apparent que les accords d’Oslo n’avaient été pour l’ennemi qu’une poursuite de la guerre par d’autres moyens, quand le chemin de l’échec menant de Begin à Barak se trouva parcouru complètement et que s’enclencha « l’intifada d’al Aqsa », c’est vers Sharon que les Israéliens se sont tournés une nouvelle fois. Et il a une nouvelle fois assumé son rôle et mit quasiment fin à la campagne terroriste palestinienne. Discernant que trop de concessions avaient été faites, il décida, une fois l’intifada vaincue, d’entériner le divorce entre Israéliens et Palestiniens en attendant que vienne le moment de la paix qui, Sharon le savait, ne pouvait venir qu’une fois l’islam radical vaincu dans toute la région. Le successeur de Sharon achèvera le divorce et la construction de la barrière de sécurité qui le matérialise. Sharon restera l’un de ceux grâce à qui Israël est un pays debout et libre, le dernier des géants. Il serait judicieux qu’en Occident, on comprenne pleinement que les combats que Sharon a menés toute sa vie durant, ont été aussi des combats pour notre liberté. Les ennemis que Sharon n’a cessé de combattre sont aussi nos ennemis : agents de la soviétisation du monde au temps où l’Union soviétique jouait la carte arabe, agents de l’islamisme aujourd’hui.
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