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Brasillach et les connivences de tribunal


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Pagès-Schweitzer Jean-Pierre - mardi 08 février 2011

livres
Vingt minutes pour la mort : Robert Brasillach : le procès expédié Le Procureur général Philippe Bilger est un homme courageux. Il l’a prouvé. Son dernier livre montre qu’il est également capable de faire preuve d’une exceptionnelle impartialité.

Je ne possède pas « tout » ce qui a été écrit sur Robert Bra­sillach… mais presque ! Jusqu’à ce jour, je n’avais pu consulter que des hagiographies ou des traités de démonologie.

Le livre de Philippe Bilger réussit la prouesse de n’être ni pour Robert, ni contre lui : et cela, c’est parfaitement admirable.
Mais au-delà du « Procès Bra­sillach », l’auteur nous offre une réflexion sur la magistrature et ses « complices » : les avocats. C’est surtout cela qui a retenu mon attention.

Le cas Reboul-Isorni illustre parfaitement cette relation « particulière ».
Je n’ai pas connu le Procureur Marcel Reboul. Par contre, Lili Bisinger, l’ex-épouse de Jacques Isorni, et moi déjeunions, une fois par trimestre, « Aux Deux soleils », avec Jacques Isorni.

J’avais déjà rencontré ce dernier en 1957, à l’occasion de la première de « La reine de Césa­rée ». Invitée par Isorni, ma mère, qui avait bien connu Ro­bert, était venue tout spécialement de Rio de Janeiro.

Ce soir-là, je fus présenté à Xavier Vallat qui illustre parfaitement le propos du Procureur général Bilger sur l’antisémitisme de raison (ou d’État), par opposition à l’antisémitisme « de peau » du deuxième Commissaire général aux Affai­res Juives, Louis Darquier (dit « de Pellepoix »).

C’est Suzanne Bardèche, la sœur de Robert, qui avait eu la malencontreuse idée de proposer à son frère de prendre Me Isorni comme avocat. Elle s’en est voulu toute sa vie. En effet, Isorni était un vaniteux qui ne voulait jamais perdre une occasion de faire des effets de manche. Or, ce qu’il fallait faire à cette époque, c’était de la « procédure », afin de retarder le plus possible la date du procès (et d’attendre que les esprits se calment un peu).
Par ailleurs, dès la désignation de son « ami » et locataire, le Procureur général Marcel Re­boul, Isorni aurait dû proposer à Robert de passer la main à un confrère. Il n’en fut rien et la « joute oratoire » eut lieu, avec le résultat que l’on sait.

Jacques Isorni rappela, du bout des lèvres, à Marcel Reboul « qu’à son Parquet, ils avaient fait quatre ans de collaboration », mais s’empressa d’ajouter : « pour sauver ce qui pouvait l’être ». Il évita de rappeler que Marcel Reboul avait, pendant l’occupation, siégé au Tribunal spécial de la Seine et avait re­quis contre des résistants…

En réalité, tous les magistrats avaient, en application de l’Acte constitutionnel n° 9, en date du 14 août 1941, prêté serment de fidélité au Chef de l’État. Tous, sauf un : Paul Didier, à qui il convient de rendre hommage.
Le Président Maurice Vidal avait donc, lui aussi, prêté serment.

Mais c’est (selon Lili) pour n’embarrasser, ni Reboul, ni Vidal, que Jacques Isorni ne fit pas état de l’affaire Bruhat, directeur adjoint de la rue d’Ulm, arrêté par la Gestapo (dont le chef était Friedrich Berger). Brasillach avait demandé à ma mère d’intervenir en la faveur de Bruhat, auprès d’Ernst Jünger qui accepta, mais il était trop tard et Bruhat mourut à Sachsenhausen.
Or, Berger avait été mêlé au fameux procès « du sucre », présidé par Maurice Vidal et où le ministère public était assuré par Marcel Reboul… l’avocat de la défense étant Jacques Isorni !

Cet « esprit de corps », qui réglemente les rapports entre magistrats et avocats, perdure encore de nos jours.
La Police obéit aux ordres des vice-procureurs d’un Parquet qui, hier comme aujourd’hui, est « à la botte ». Quant aux magistrats, ils sont le plus généralement guidés par l’idéologie dominante et les Didier et les Bilger sont l’exception qui confirme cette règle !

Philippe Bilger pose aussi une question que je me pose souvent : si j’avais eu dix ans de plus, aurai-je été résistant… ou milicien ? Pour ce qui est du futur (à mon avis très proche), il y a quand même peu de chances que l’on me surprenne à collaborer avec l’occupant !

La version complète de l'article sur le blog du Café-philo de droite

Philippe Bilger
20 minutes pour la mort
Robert Brasillach :
le procès expédié
Éditions du Rocher

162 pages – 17,90 €
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