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Briser le tabou religieux sans lever celui de l’immigration


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Baudouin Pierre - samedi 06 novembre 2004


Nicolas Sarkozy, laicitéNicolas Sarkozy a jeté un nouveau pavé dans la mare. Dans un ouvrage d’entretiens avec le dominicain Philippe Verdin (Acheter Chapitre.com -ou Amazon.fr ) et avec le philosophe catholique Thibaud Collin, le Ministre des Finances - et ancien Ministre des Cultes - s’attaque à l’un des tabou de la République : la place des religions dans la société. En particulier, le futur président de l’UMP souhaite en finir avec l’interdiction pour l’État de financer les cultes. Interdiction qui remonte à la fameuse loi de 1905.
Cette nouvelle prise de position a un objectif politique évident : se démarquer de Jacques Chirac qui demeure attaché à son vieux fonds de radicalisme corrézien. Pour autant, il n’y a pas lieu de douter que Sarkozy soit convaincu de l’opportunité de revenir sur la loi de 1905.
Le ministre le plus populaire du gouvernement Raffarin n’a jamais fait mystère de son admiration pour les États-Unis. Or, la question de l’intégration des minorités et la question religieuse sont au cœur des divergences entre la France et l’Amérique.
Au demeurant, de solides arguments militent contre cette loi de séparation des Églises et de l’État. Le premier tient à la différence d’état d’esprit entre le début du XXe siècle et le début du XXIe : la République est désormais assez solidement installée pour ne pas craindre « la Réaction ». Et d’ailleurs, l’Église catholique en France, qui fut certainement la principale visée par la loi de 1905, est aujourd’hui l’une des institutions les plus attachées au statu quo.
Le second, et politiquement le plus important, tient à l’arrivée d’une nouvelle religion en France. La loi de 1905 ignore naturellement l’islam. Or, le vide juridique fait le jeu des divers extrémismes qui travaillent cette religion depuis quelques décennies.
Par conséquent, on peut comprendre la préoccupation d’un ancien Ministre de l’Intérieur. Il n’est pas souhaitable que la plupart des lieux de culte musulmans soient financés par des groupes étrangers, par ailleurs fréquemment soutiens idéologiques ou logistiques du terrorisme.
Autant de raisons de se réjouir que Nicolas Sarkozy « mette les pieds dans le plat » ! Le débat sur ces questions ne peut qu’être bénéfique.
Pourtant, la condition sine qua non pour un bon débat, c’est que la question soit bien posée. Or, cette condition n’est pas remplie. On mélange à plaisir deux problèmes distincts : un problème politique et un problème religieux.
Sur le deuxième, nul ne se plaindrait d’une liberté religieuse plus étendue. On ne voit, en effet, pas très bien pourquoi l’État qui s’affirme neutre en matière religieuse persiste à vouloir trancher un nombre incalculable de débats théologiques comme celui de l’obligation coranique du port du voile.
La question politique est toute différente. Elle touche deux sous-problèmes qu’il serait également nécessaire de distinguer soigneusement : un problème de sécurité, en lien avec la lutte contre le terrorisme, et un problème proprement politique, concernant l’intégration des immigrés de souche maghrébine.
La question religieuse est moins tabou que la question de l’immigration. Par conséquent, tout homme politique désireux de faire savoir, par des messages subliminaux, à ses électeurs qu’il entend leurs craintes en matière d’immigration et de sécurité sera tenté de le faire par des biais, comme la question religieuse.
Tant que la question de l’immigration ne sera pas librement débattue entre les hommes politiques ou dans les médias français, les fantasmes les plus absurdes circuleront dans la population. Et retarderont d’autant l’intégration des immigrés, les rejetant dans les bras des extrémistes.
Et, accessoirement, faute de ce libre débat, un doute persistera dans l’esprit de tout lecteur de Nicolas Sarkozy : A-t-il voulu lancer un débat sur la place des religions (toutes les religions, et pas seulement l’islam) dans la société ? A-t-il voulu donner un programme politique d’intégration des immigrés musulmans ? Ou bien  mettre en garde contre les dangers que le financement de l’islam français fait courir à la sécurité nationale ?
Toutes ces questions sont sans doute légitimes, mais elles sont suffisamment complexes pour que l’on ne mélange pas tout !
Réjouissons-nous que Nicolas Sarkozy brise un tabou, mais souhaitons qu’il en fasse autant rapidement avec bien d’autres tabous…

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