Lance Pierre - dimanche 19 février 2006
Il y a longtemps déjà qu’a été fait le procès des « petits juges », frais émoulus de l’Ecole de la magistrature et souvent bouffis de vanité, prêts à n’importe quoi pour se mettre en vedette, comme ce fut le cas du juge Lambert, qui sabota complètement la trop célèbre affaire du petit Grégory.
Car personne ne doit croire que le scandale d’Outreau inaugure un nouvel état de fait. Si cette affaire revêt une ampleur particulière, elle ne doit pas effacer les nombreuses fautes commises par de petits autocrates pète-sec disposant de pouvoirs exorbitants et qui font de notre justice une épouvantable loterie.
C’est chaque jour que des juges d’instruction emprisonnent à l’aveuglette des citoyens contre lesquels ils n’ont aucune preuve sérieuse, dans le plus total mépris de la présomption d’innocence, pourtant garantie en toutes lettres dans l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, socle intangible de notre Constitution. Cette présomption d’innocence est constamment rappelée et tout aussi constamment oubliée, de sorte qu’on peut se demander si elle figure bien au programme de l’Ecole de la magistrature.
Nous vivons réellement une époque de fous, puisque nous voyons dans le même temps des voyous confirmés laissés en liberté ou de dangereux récidivistes relâchés dans la société, tandis que des citoyens aux casiers judiciaires vierges sont jetés en cellule à la suite de dénonciations calomnieuses ou de plaintes abusives. J’ai eu l’occasion d’en connaître, comme Loïc le Ribault, emprisonné par décision d’un juge d’instruction trop zélé, alors qu’il n’avait pas causé le moindre tort à quiconque et qu’il était, pour comble, instructeur de policiers, gendarmes et magistrats en technique de collecte de preuves et expert auprès des tribunaux ! (Il avait même fourni contre le tueur en série Pierre Chanal des preuves qui furent « égarées » !) Comme quoi personne n’est à l’abri des « petits juges ». D’ailleurs les Français le savent, puisque, selon un sondage CSA de janvier, 65 % déclarent avoir peur de la justice.
Je relate également, dans le 3e tome de mon livre « Savants maudits, chercheurs exclus », l’arrestation arbitraire, en 1988, du Dr Philippe Lagarde, cancérologue niçois de grande compétence, dont le seul tort était de guérir ses malades avec des médicaments seulement autorisés en Suisse. Sa juge prenait sans doute la Suisse pour une république bananière… Procès, soit. Emprisonnement, non !
En vérité, l’affaire d’Outreau n’est que la partie émergée de l’iceberg d’une justice folle ! Mais pourquoi notre justice est-elle folle ? Certains veulent nous persuader que la faute en incombe à notre système judiciaire, qui serait à changer. C’est faux et c’est une sottise. Ce n’est pas une question de système, c’est une question d’hommes. Ce qui est en cause, c’est leur qualité et leur formation. Quand bien même nous aurions un système idéal, un imbécile prétentieux n’en tirerait rien de bon. À l’inverse, un juge compétent saura corriger les défauts du système. Être juge de ses semblables exige d’éminentes vertus, de l’intuition, de la sensibilité, de la psychologie et une expérience approfondie des comportements humains. Les jeunes gens et jeunes filles qui veulent entrer à l’Ecole de la magistrature devraient être sélectionnés par une batterie de tests d’aptitude spécifique extrêmement sévères et, leur diplôme obtenu, ne pas être jetés dans l’arène sans une longue période d’apprentissage comme assistant d’un juge expérimenté. Mais voilà, nous sommes dans la « République des bons élèves », où il est entendu que n’importe qui est apte à n’importe quoi, pour peu qu’il sache mémoriser quelques manuels. C’est ainsi que des magnétophones à deux jambes sortent de nos grandes écoles et deviennent magistrats, hauts fonctionnaires ou ministres… pour le résultat que l’on sait.
C’était une faute majeure que de confier à un petit nouveau une affaire aussi délicate que celle d’Outreau. Il s’est conduit comme un éléphanteau dans un magasin de porcelaines. A-t-il seulement un peu honte des dégâts humains qu’il a causés ? Même pas ! J’estime qu’il devrait participer financièrement aux indemnités versées à ses victimes et qui seront payées par les contribuables. Et je crois que trois mois de prison ferme devraient lui être infligés au titre de la « formation permanente ». Mais je rêve sans doute…
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